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L’accueil de la réforme de la Pac en Europe

Quelle qu’ait été leur position initiale, les gouvernements européens semblent satisfaits de la nouvelle réforme de la Politique agricole commune, soulagés sans doute d’être parvenus à un accord.
La France considère qu’elle a sauvé l’essentiel en obtenant le maintien des prix d’intervention des céréales, des quotas laitiers jusqu’en 2014, un découplage partiel à la carte et la conservation du produit de la modulation au niveau national. Le ministre de l’Agriculture insiste sur le maintien du retour budgétaire de 9,2 milliards d’euros pour la France jusqu’en 2013. L’Espagne, deuxième plus gros bénéficiaire de la Pac, défendait une position proche de celle de la France. L’Allemagne, contributeur net au budget agricole européen, se félicite du découplage et de la modulation obligatoire qui conduisent à la réduction des aides directes. L’éco-conditionnalité prend également en compte ses préoccupations en matière d’environnement et de qualité. Les pays du Nord et le Royaume-Uni apprécient ce pas supplémentaire de la Pac vers la libéralisation. Le Danemark aurait cependant souhaité la suppression plus rapide des quotas laitiers.
Du côté des organisations agricoles, l’accueil est bien plus défavorable. Toutes s’accordent à parler de la " renationalisation " de la Pac, du fait de la marge de manœuvre laissée aux États sur les dates et les niveaux de découplage et sur l’utilisation du produit de la modulation. Ils craignent que l’application variable de la Pac d’un pays à l’autre soit source de distorsions de concurrence. La Coordination paysanne européenne dénonce une réforme qui va accélérer la disparition des petits paysans ; la Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs et l’Union des petits agriculteurs espagnols y voient la fin du modèle de l’exploitation familiale au profit des grandes entreprises agricoles. La fédération des agriculteurs allemands estime, elle, que ces dernières vont perdre 1,2 à 2 milliards d’euros du fait de la modulation obligatoire.
Les industries agroalimentaires, par la voix de la CIAA [1] de l’UE, sont les seules à défendre ce compromis. Sans doute apprécient-elles la poursuite de la baisse des prix de leurs matières premières agricoles.
Enfin, des nombreuses organisations de protection de l’environnement et des consommateurs critiquent cette réforme. Le WWF [2] considère ainsi que " les ministres ont une nouvelle fois renoncé à leur engagement d’une politique agricole respectueuse de l’environnement ". Pour d’autres, comme le bureau européen des consommateurs (Beuc), les consommateurs seront " toujours obligés de payer pour le dumping des surplus alimentaires sur les marchés mondiaux ".

Marie Lecuit-Proust, Transrural Initiatives, n°242-243, 26 août 2003.

[1] Confédération des industries agroalimentaires

[2] World Wild Fund