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Les citoyens au secours des semences

Face aux enjeux majeurs que représentent la privatisation du vivant et la généralisation des OGM, des organisations paysannes, écologistes, et de consommateurs du monde entier se mobilisent. Pétitions, arrachages d’OGM, propositions législatives, mais aussi construction d’alternatives par le droit de conserver et échanger les semences paysannes sont quelques-unes des actions décrites ici.

Grain [1] , une des ONG les plus connues sur la défense des semences paysannes, édite depuis plus de 20 ans la revue Seedling, qui traite des dangers actuels pour la biodiversité, mais aussi des projets alternatifs. Grain participe également à des projets de terrain, comme " Growing Diversity " (" Promouvoir la diversité ") lancé en janvier 2000 avec trois autres ONG européennes : Pain pour le Monde (Allemagne), Crocevia (Italie) et la Société suédoise pour la conservation de la nature. Dans le cadre de ce travail, 65 études de cas ont été documentées dans 37 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Ateliers régionaux fin 2001 (Algérie, Bénin, Colombie, Thaïlande et Zimbabwe), puis atelier international en mai 2002 au Brésil, ont permis aux participants de partager leurs expériences et d’initier des stratégies pour renforcer le rôle des communautés locales dans la gestion et la conservation de leur biodiversité.
Au Nord aussi, la conservation et l’échange de semences paysannes sont d’actualité. Sous l’impulsion entre autre de la Fnab [2] , de Nature et Progrès, des Biodynamistes et de la Confédération paysanne, ont eu lieu les premières rencontres " Semences paysannes " à Toulouse, fin février 2003. Ce colloque a dressé un état des lieux des sélections et productions paysannes de semences et plants ; il a aussi été le point de départ d’une synergie en faveur des techniques de sélections adaptées aux besoins des producteurs, en particulier des producteurs biologiques, au niveau français, européen et mondial.

Attaques en justice
Autre forme de combat, la contestation devant la justice de certains brevets sur le vivant. Certains cas ont été gagnés, comme la demande, en mai 2001, de Greenpeace et Misereor à l’Office européen des brevets (OEB) pour qu’il annule le brevet accordé à la firme Dupont sur une variété de maïs riche en graisse et acide oléique. Greenpeace avait en effet révélé que de nombreuses variétés traditionnelles mexicaines de maïs répondaient à cette caractéristique. Il s’agissait donc d’un cas flagrant de biopiraterie. L’État mexicain s’était joint à cette plainte. Si le 12 février 2003, Greenpeace a eu gain de cause, le 7 mai suivant, l’OEB donnait raison à Monsanto sur un autre brevet qui donne à la firme le monopole sur le soja transgénique ! D’autres plaintes sont déposées contre les semenciers en Amérique du Nord. Ainsi, une action, à l’initiative de la Foundation on Economic Trends de Jeremy Rifkin [3] , est en cours contre les OGMOrganisme Génétiquement Modifié de Monsanto sous trois chefs d’accusation : monopole, mauvais résultats et absence de tests sur la santé. Onze cabinets d’avocats travaillent sur ce cas.
Bien que longs et coûteux, ces procès sont une piste sérieuse pour faire évoluer la jurisprudence et même la loi.

Campagnes contre les brevets
De nombreuses campagnes contre la privatisation du vivant et pour le droit des communautés sur leurs ressources sont régulièrement lancées par diverses organisations. Parmi les plus récentes, certaines, comme la campagne SeedRights [4], qui compte plus de 1000 organisations, cherchent à influencer les négociateurs à l’Organisation mondiale du commerce. En France, les Amis de la terre [5] ont lancé une campagne, en décembre 2002, pour demander aux députés européens de revenir sur la directive 98/44 de brevetabilité du vivant. Enfin, la campagne européenne " Save our seeds [6] " a rassemblé les signatures de plus de 70 000 personnes de 15 pays, pour demander au Parlement européen une zéro tolérance d’OGM dans les semences conventionnelles. Cette campagne met en avant qu’en autorisant, comme le prévoit la Commission européenne, de 0,3 à 0,7% d’OGM dans les semences conventionnelles (sans étiquetage), ce sont plus de 7 milliards de graines transgéniques qui seraient semées chaque année à l’insu de tous, d’où à terme, une contamination généralisée des filières.

Pour en savoir plus :
" La privatisation du vivant, du refus aux contre-propositions ", BEDE et APM, éditions Charles Léopold Mayer, 2003, le site www.infogm.org et la revue Terre citoyenne n°6, http://www.zooide.com/apm/doc/tc6.pdf.


Par Frédéric Prat (Geyser et Inf’OGM), Transrural Initiatives, n°239, 17 juin 2003.

[1] Action internationale pour les ressources génétiques - www.grain.org

[2] Fédération nationale d’agriculture biologique

[3] www.foet.org

[4] www.actionald.org

[5] www.amisdelaterre.org

[6] www.saveourseeds.org