L’avènement de l’euro a privé la Banque de France de sa fonction d’émission de monnaie (au profit de la Banque centrale européenne), ce qui l’a déjà conduite à supprimer 2 500 emplois. Aujourd’hui, elle met en avant la baisse des taux d’intérêt pour expliquer la nécessité d’une nouvelle réduction de ses effectifs : ses bénéfices ont fondu de 832 millions d’euros en 2000 à 158,5 millions d’euros en 2002.
Pour la première fois de leur histoire, l’Association des maires ruraux, celle des maires des petites villes et la Fédération des maires des villes moyennes ont organisé, le 4 mars, une conférence de presse commune pour dénoncer " à l’heure de l’acte II de la décentralisation, la permanence d’une tradition centralisatrice, se traduisant par la concentration des services publics dans les agglomérations, au détriment des villes petites et moyennes et du secteur rural, en l’absence réelle de concertation avec les élus et les populations concernées ". Dépassant les habituels clivages partisans, et faisant valoir qu’elles " représentent près de 40 millions d’habitants ", les trois associations d’élus appelaient en fait au rejet d’un projet " en complète contradiction avec les principes d’une décentralisation solidaire, d’un aménagement du territoire harmonieux et d’une présence équilibrée des services publics sur l’ensemble du territoire ".
Cette levée de boucliers n’a pas empêché Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France, d’annoncer, le 28 avril, la suppression de 115 établissements. Il a toutefois cherché à répondre à certaines inquiétudes des élus en annonçant qu’en plus des 96 succursales maintenues, 95 bureaux d’accueil et d’information, 13 antennes économiques et une dizaine de centres de traitement continueront d’assurer une partie des missions de la Banque de France. En particulier, des permanences (ouvertes " en fonction de la demande locale ", vraisemblablement quelques heures par semaine…) devraient permettre d’assurer localement le traitement des dossiers de surendettement ainsi que le " droit au compte " des exclus bancaires.
Cette (très relative) prise en compte des usagers les plus socialement fragiles répond par ailleurs aux engagements du contrat de service public que la Banque de France a négocié avec l’État, et qui lui rapportera annuellement 87 millions d’euros. À ce titre, elle devrait en outre créer un " baromètre du surendettement ", accélérer les délais de traitement des dossiers qui en relèvent et travailler davantage avec les travailleurs sociaux. Selon un argumentaire désormais rituel, l’amélioration d’une partie du service est censée compenser l’éloignement accru de ce même service.
Au passage, ce contrat dispense la Banque de France de réaliser des études d’impact de sa restructuration. La loi sur l’aménagement du territoire de 1995 stipule pourtant qu’elle aurait du le faire site par site.
Problèmes en vue pour les territoires ruraux
La Banque de France se recroqueville sur les chefs-lieux de département alors même que le nombre des personnes en situation économique difficile tend à croître dans les communes éloignées des villes. Il reviendra en conséquence à un certain nombre de surendettés et d’exclus bancaires de trouver les moyens d’améliorer leur mobilité…
Par ailleurs, le repli programmé de l’établissement semi-public ne peut qu’affecter sa très importante mission d’analyse des économies locales. Gérard Pelletier, président de l’Association des maires ruraux de France et maire d’un village haut-saônois de 361 habitants, s’en est inquiété auprès de Jean-Claude Trichet en lui expliquant ceci : " Ma commune de Raze n’a pas besoin de la Banque de France, mais ma communauté de communes a besoin de sa capacité d’expertise lorsqu’une entreprise demande à s’installer".
Enfin, il est à craindre que ce repli (qualifié de " maillage départemental "…) ne constitue qu’une étape. Le gouverneur de la Banque de France se veut rassurant : " un maillage régional n’aurait de sens que si la France changeait sa propre structure juridico-administrative ". Mais, quand " décentralisation " se met à signifier en fait " renforcement du niveau régional ", la question peut justement se poser.