Adresse de l'article: http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2172

Un dernier barrage aux saumons sur l’Allier

L’enquête publique préliminaire au renouvellement de la concession hydroélectrique à EDF du barrage de Poutès ne satisfait pas les associations écologistes.

EDF a demandé le renouvellement de la concession hydroélectrique du barrage de Poutès Monistrol sur l’Allier jusqu’en 2047. L’enquête publique préliminaire qui a pris fin le 5 août est favorable à ce renouvellement, au grand dam des associations écologistes très inquiètes des répercussions de cette exploitation sur les populations de saumons. France Nature Environnement (FNE), WWF et d’autres dénoncent en effet une enquête publique trop discrète et peu scrupuleuse. Sur la forme d’abord, alors que cette consultation n’aura duré qu’un mois, en période estivale. «  Seule une vingtaine de communes ont été consultées  », regrette FNE, alors que les migrations de saumons concernent plus largement toutes les communes de l’axe ligérien. WWF de son côté pointe l’exclusion de « certains acteurs clés de la pêche ». Fortes d’une pétition ayant rassemblé 80 000 signatures, des associations ont écrit aux commissaires enquêteurs de l’enquête publique.

Les saumons risquent d’en reprendre pour 40 ans
En effet, la présence de saumons dans l’Allier est remarquable en France. Le barrage de Poutès est un point noir le long d’une rivière «  qui fait figure d’exception au niveau de l’Europe  » tant elle «  est restée sauvage, préservée  », souligne SOS Loire Vivante. Or, plusieurs rapports, issus du Grisam (Groupe d’intérêt scientifique « poissons migrateurs amphihalins ») en 2005 et du Conseil supérieur de la pêche, montrent que l’aménagement de Poutès empêchent la migration d’une large majorité des saumons.
Un renouvellement de cette concession entrerait ainsi en contradiction avec différents engagements de l’État, notamment la Stratégie nationale de la biodiversité, la Directive cadre eau européenne qui demande un bon état écologique des rivières d’ici 2015... mais aussi avec le programme de « Sauvegarde du grand saumon de Loire » dans lequel l’État a investi 20 millions d’euros depuis dix ans. Les associations regrettent par ailleurs l’absence d’étude de solutions alternatives. La contribution du barrage à la production électrique renouvelable française est faible (52 GWh). La mesure de l’impact écologique de son démantèlement frise la malhonnêteté puisqu’il est mesuré sous l’angle d’une augmentation d’émissions de CO2, or « le barrage ne sera évidement pas remplacé par une chaudière à charbon », ironise SOS Loire Vivante.


Magali Reinert, Transrural initiatives n°315-316, 29 août 2006.