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Le plan « biocombustibles » attise les différends

Le plan « biocombustibles » du gouvernement fait la part belle aux grandes cultures sans égard pour les tenants d’une agriculture économe en énergie et pour le secteur de l’élevage.

Le plan « biocombustibles », élaboré par Claude Roy, délégué interministériel pour la valorisation de la biomasse, prévoit une augmentation de 50 % de la production de chaleur et d’électricité renouvelables à l’horizon 2010. Comment ? En consacrant notamment un tiers des espaces de culture et de forêt à la production de biomasse destinée à la production d’énergie. Le plan promeut ainsi une intensification des productions végétales. Pour les forêts, les rotations se raccourcissent à dix ans voire cinq ans avec l’exploitation d’essences telles le séquoia, l’eucalyptus, le saule... L’agriculture dédiée à cette ressource doit, elle, s’orienter vers des cultures à haut rendement énergétique (triticale, sorgho…), véritables champs de biomasse à proximité des usines de transformation.

L’huile brute végétale snobée
Une telle posture privilégiant explicitement une production industrielle massive au détriment d’autres approches a passablement inquiété les acteurs des filières énergétiques courtes. Les Parcs naturels régionaux ont ainsi invité Claude Roy, le 22 juin, afin d’entendre ses arguments en présence de leurs partenaires agricoles, dont les Coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma), les Civam [1] et leurs partenaires environnementaux. «  La mutation qui s’annonce pour l’agriculture française, européenne, et mondiale est donc de taille : produire, produire plus, produire de manière performante  », a lancé le délégué, le tout de manière « ’intensive mais raisonnée ». Au risque d’hérisser un public acquis aux économies d’énergie, Claude Roy a dénigré l’huile brute végétale et le bois bûche, filières marginales sans avenir. Tant pis pour les travaux réalisés sur l’autonomie des exploitations montrant la pertinence économique et écologique de systèmes de production qui font la part belle à l’autoconsommation [2]. « Ce plan ignore les démarches territoriales pourtant identifiées par l’Ademe comme échelle pertinente d’action en faveur de la lutte contre le changement climatique  », souligne la Fédération des parcs naturels régionaux.
France Nature Environnement a également réagit en rappelant que «  le premier gisement d’énergie à mobiliser est celui des économies et de la sobriété énergétique. La valorisation de la biomasse n’a de sens que dans le cadre de filières courtes et décentralisées qui sont à l’opposé des « champs de biomasse » et des kilomètres carrés de maïs intensif, de miscanthus, de saule, et de forêts intensivement récoltées. […] La satisfaction des besoins énergétiques du futur doit-elle (peut-elle) passer par l’éradication de toute la nature non « productive » ? »
Les promoteurs d’une agriculture durable et de la protection de l’environnement demande donc des comptes sur l’impact écologique du plan, son bilan énergétique, son bilan carbone, son coût. Cette option politique rentre en contradiction avec une désintensification pour limiter l’effet de serre et économiser les ressources naturelles.

L’élevage, le grand perdant
Le secteur des grandes cultures serait le grand gagnant d’un tel scénario, comme le montre la position des associations spécialisées de la FNSEA lors du sommet du végétal (Transrural n°313) qui ont fait part de leur ambition d’expansion. Le secteur de l’élevage a en revanche tout à perdre. Fort de ces nouveaux débouchés, le lobby des grandes cultures n’a plus besoin de faire alliance avec ce secteur. En outre, l’augmentation attendue des prix des céréales et oléoprotéagineux fragiliseront également la compétitivité de la production de viande en augmentant les coûts de production. Les zones d’élevage devraient subir la concurrence de la forêt dans les zones de montagnes et des grandes cultures dans les zones intermédiaires. La contribution de l’élevage à l’effet de serre risque d’accentuer encore la fragilité des productions animales. La mise en culture de prairies et des pâturages est par ailleurs lourde de conséquences sur la biodiversité, les sols…


Magali Reinert, Transrural initiatives n°314, 18 juillet 2006.

[1] Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural.

[2] Voir en particulier les travaux du Gradel (Groupe de recherche en agriculture durable et en économie locale), du Cedapa (Centre d’études et de développement pour une agriculture plus autonome) et du Réseau agriculture durable.