Un jury citoyen, teinté d’un dispositif proprement malien " l’espace communal d’interpellation démocratique ", le tout chapoté par une jeune institution régionale sans complexe, cela donne un exercice démocratique tout à fait réussi. Le bilan de l’Espace citoyen d’interpellation démocratique (Ecid) sur les organismes génétiquement modifié (OGM) qui s’est tenu du 24 au 29 janvier 2006, dans la région de Sikasso au Mali, a en effet permis aux 45 producteurs maliens présents de rendre un verdict avisé sur la question des OGM. Issue du processus de décentralisation en cours au Mali, " l’Assemblée régionale de Sikasso a soutenu l’Ecid, sans chercher à maîtriser les débats ", souligne Michel Pimbert de l’IIED, une ONG anglaise qui a participé au projet [1].
Pendant cinq jours, une quinzaine de témoins experts ont été auditionnés : des paysans d’Asie, d’Europe et d’Afrique, des agronomes, des biologistes moléculaires, des représentants d’ONG… Si ces témoins comptaient des pro et des anti OGM, les firmes biotechnologiques Syngenta et Monsanto avaient décliné l’invitation. Ainsi s’affrontait la position d’un agriculteur sud africain sur les vertus du coton Bt (pays où les OGMOrganisme Génétiquement Modifié sont largement vulgarisés), avec l’expérience de l’Andhra Pradesh, État indien qui a interdit Monsanto après sa responsabilité dans la ruine de nombreux petits paysans. Des chercheurs africains pointaient la nécessité d’un moratoire quand d’autres appelaient au soutien de la recherche biomoléculaire… Au final, les réflexions du jury ont porté une attention toute particulière à la préservation des semences locales et aux problèmes liés à la propriété intellectuelle. La redéfinition des priorités de la recherche en partenariat avec les paysans a également été au centre des recommandations, en particulier sa réorientation vers des variétés locales. Plus surprenante fut la position des gros producteurs qui " considérant qu’au Mali, le nombre de petits producteurs est de 98% et que la technique [des plantes OGM] n’est viable qu’avec les grands producteurs qui ne sont que de 2% " se sont prononcés contre l’introduction de cette technologie. Le " faible niveau d’équipement et l’absence de laboratoires appropriés à la disposition de nos chercheurs " était un autre argument contre.
La position des femmes (30 % du jury) était également singulière, avec une volonté de résistance plus affirmée que les autres groupes. Elles ont proposé en particulier de " brûler les semis OGMOrganisme Génétiquement Modifié des producteurs récalcitrants et sanctionner la culture et la distribution illicites d’OGM ". Autre réussite, la portée médiatique de ces débats qui ont été retransmis intégralement par un réseau de radios locales. L’ensemble des paysans de la région ont ainsi pu suivre l’événement. Favorable aux OGMOrganisme Génétiquement Modifié " le gouvernement national a été ébranlé par ces recommandations, alors qu’il prépare une législation sur les essais en plein champs ", remarque Michel Pimbert.
La question des OGMOrganisme Génétiquement Modifié pour le gouvernement malien est en effet un enjeu de taille. Ce pays est un des gros producteurs de coton de l’Afrique de l’Ouest (région qui est le troisième producteur mondial de coton). Il est donc soumis aux pressions des multinationales des biotechnologies mais aussi des organisations internationales comme l’USAid, agence de développement américaine, qui a comme mandat l’intégration des OGMOrganisme Génétiquement Modifié dans les systèmes alimentaires locaux [2].
Le verdict et les recommandations du jury citoyen sont disponibles sur www.iied.org.
(Photo : Michel Pimbert).