Près de 170 médias " associatifs et indépendants ", français et internationaux, se sont retrouvés à Marseille du 5 au 8 mai derniers. Epaulés par les tenants de la critique des médias, ils ont dressé le constat de leur situation et débattu des conditions de leur maintien, voire de leur développement. Partant du constat que " les principaux médias publics et privés, s’ils sont censés participer à l’éducation, à l’information et au divertissement des citoyens, usent aujourd’hui de moyens toujours plus racoleurs et font le jeu de la désinformation ", ces médias du " tiers secteur " réaffirment la nécessité du maintien de l’information comme bien public et se revendiquent " essentiels à la vie démocratique ". La presse alternative compterait aujourd’hui 300 à 400 titres de presse écrite, 600 radios libres et plus d’une centaine de télévisions. Les sites Internet, foisonnant, sont plus difficiles à dénombrer. Issus des secteurs associatifs, coopératifs ou mutualistes, leurs appellations affichent une grande diversité : médias démocratiques, alternatifs, participatifs, libres, solidaires et/ou citoyens. Une diversité qui se retrouve également dans leur contenu, leur fonctionnement, leurs zones et modes de diffusion.
Cette première rencontre de l’ensemble des médias alternatifs a donné lieu à l’ " Appel de Marseille " présentant une série de revendications. Les médias du tiers secteur militent pour une meilleure reconnaissance de leur rôle, une meilleure représentation dans les instances de concertation et de régulation ainsi que pour le financement de leur fonctionnement [1]. En effet, hormis les radios associatives qui reçoivent, difficilement, des soutiens publiques par le biais du Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) [2], aucun des autres types de médias alternatifs ne reçoit d’aide au fonctionnement, alors que ces structures dans leur ensemble ont un but non lucratif. Si certains ouvrent leurs ondes ou leurs pages à des messages publicitaires, ces derniers restent cantonnés à des informations locales.
" Réviser les conditions d’accès aux points de vente de presse "
L’Appel demande l’élargissement du FSER aux télévisions associatives ainsi que " l’extension et la reventilation des aides publiques à la presse [écrite] en faveur de la presse non lucrative ". Par ailleurs, afin de permettre une meilleure visibilité à la presse écrite et l’édition indépendante, le collectif réclame le " développement d’aides spécifiques à la diffusion et [la] révision des conditions d’accès aux points de vente de presse. " [3] À noter enfin la revendication, désormais classique dans le secteur associatif, du " paiement des subventions [annuelles] dans l’année "…
Succédant à des rencontres de médias régionaux organisées à Grenoble en avril 2006 et précédant le Salon des médias libres en Corrèze (TRI 309), l’événement participe d’un mouvement plus général appelant à la mise en place d’États généraux " pour une information et des médias pluralistes. " [4] Ces États généraux, structurés en sessions locales et nationales, visent à réaliser un état des lieux approfondi des problèmes à résoudre pour favoriser le pluralisme de l’information et à dégager des propositions à l’attention des " forces politiques et parlementaires ". Une première rencontre nationale devrait être organisée à l’automne prochain. Afin de mobiliser une grande diversité d’acteurs, les participants entendent interpeller les syndicats, les associations d’éducation populaire et les organisations politiques " afin qu’ils s’emparent de la question des médias comme d’une enjeu politique central. " Le collectif rappelle en particulier les difficultés que rencontrent le secteur associatif à informer via les médias nationaux qui ne relaient que très rarement l’actualité les concernant.
L’appel à la création d’États généraux lancé en octobre 2005, déjà signé à l’époque par plusieurs dizaines d’associations et de syndicats, n’avait quasiment pas trouvé d’écho dans les médias nationaux.
[1] Texte disponible sur www.frequenceslibres.org.
[2] Financé par une taxe fiscale sur la publicité des radios et des télévisions. Voir aussi TRI n°297.
[3] Voir également l’étude comparée sur les aides publiques à la presse : www.senat.fr/lc/lc136/lc136.html.
[4] Texte de l’appel disponible sur www.etats-generaux-medias.org.