Internet envahit les espaces publicitaires mais délaisse encore certains espaces ruraux. Parmi les victimes de la « fracture numérique », on compte les habitants des territoires non desservis [1] ou ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment les outils des « technologies de l’information et de la communication » (TIC). « Les opérateurs équipant prioritairement les zones les plus rentables, une action publique se met en place », expliquait Gilles Coester de la Diact [2] lors du séminaire « Ruralité et TIC » organisé à Bouvines (59), dans le cadre d’une série de rencontres sur l’accès des « publics éloignés » à Internet[www.roumics.com.]].
« L’accès à Internet constitue aujourd’hui un objet politique central », analyse G. Coester, le comparant aux enjeux de l’accès à l’électricité ou au téléphone. « D’une part, cela nous ramène à la question de l’égalité de traitement et d’accès au confort pour l’ensemble des citoyens (qui a le droit à quoi ?), ajoute-t-il, par ailleurs cela fait désormais partie des arguments majeurs de ’concurrence territoriale’ ; il est souvent capital pour les entreprises, des plus grandes aux plus petites, d’avoir un accès haut débit. » Les collectivités territoriales ont la possibilité de prendre en charge des aménagements numériques. C’est ainsi que le Conseil régional du Limousin a financé la pose d’une fibre optique pour que son territoire soit mieux desservi. « Ensuite, à partir d’une fibre optique conçue comme « artère principale », on peut y connecter des réseaux en Wimax, Wi-Fi, etc, qui vont diffuser. », ajoute G. Coester.
Le haut débit peut en effet être distribué par deux types de support : filaires ou sans fil. Le plus classique est l’ADSL, qui passe par le réseau téléphonique déjà en place. Ce système ne peut desservir les habitations trop éloignées des bouts de chaîne (les « répartiteurs »). Le second support de type filaire est la fibre optique, très puissante (100 Mb/s) mais très coûteuse. Quand un point géographique est mal desservi par un réseau filaire, les difficultés techniques ou financières qui limitent la couverture des bénéficiaires peuvent alors être dépassées, dans une certaine mesure, grâce aux technologies sans fil. Ainsi, le « WiFi » peut apporter un relais, mais sur une distance limitée puisque de quelques dizaines de mètres seulement. Le « Wimax », équivalent à un WiFi à plus longue distance (20 km), semble aujourd’hui l’outil le plus pertinent même s’il reste en cours d’essai. Des licences vont être distribuées à des opérateurs, à condition notamment qu’ils participent à la couverture des zones dites « blanches » où aucun accès Internet n’est encore disponible. Enfin, la technologie via les satellites offre certes une couverture presque totale, mais le débit n’est pas toujours très bon.
TIC démocratiques
Au delà des choix politiques qui conditionneront la couverture de l’accès à Internet, des initiatives locales, par le jeu de bricolages techniques, permettent déjà de valoriser à moindre coût les installations et avec une grande efficacité. À l’instar de certains qui font profiter leurs voisins d’Internet par la technologie sans fil WiFi, un projet associatif à Pomeys (69) a permis la mise en place d’un réseau sans fil dans le village. Grâce à des formations aux TIC, l’outil a été largement adopté par les habitants : création d’un site collectif (information communale, agenda, forum, etc.), partage de fichiers entre les habitants, etc. Par la mutualisation d’une connexion Internet, un débit de 10 Mb/s alimente 25 foyers, la mairie, les écoles et les serveurs [3]. Au delà du challenge technique et des économies réalisées, l’initiative contribue à la dynamisation du territoire.
Une plus-value sociale à Internet
L’association Anis, organisatrice des rencontres « Ruralité et TIC », fait la promotion d’une utilisation citoyenne et solidaire. Elle entend « favoriser le travail en réseau, la construction et la mutualisation de nouveaux outils, pour qu’Internet puisse apporter une plus-value sociale », explique ainsi Julie Bailleul. Le séminaire a ainsi présenté d’autres usages d’Internet. Comme par exemple, en Wallonie, où une structure intercommunale a utilisé les TIC pour impliquer les habitants dans la définition d’un programme communal de développement rural. Elles ont complété les outils classiques d’animation territoriale, en facilitant l’échange de documents et en utilisant courriers électroniques et vidéo-conférences.
Contact : ANIS, basée à Roubaix - tel : 03 20 28 48 68 ; www.nord-internet-solidaire.org.
La prochaine rencontre Roumics portera sur les NTIC et l’éducation populaire (date : 15 juin, lieu : Maison de l’éducation permanente - 1, place Georges Lyon - 59000 Lille).
[1] voir carte sur le site de l’Observatoire des territoires www.territoires.gouv.fr
[2] Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires.