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Deux années de gauche à la Région Bretagne

Un premier bilan de la politique de la gauche deux ans après le changement de majorité au Conseil régional de Bretagne : entre résistances et innovations, la Région souhaite modifier les jeux institutionnels.

Depuis l’arrivée de la gauche à la Région Bretagne, le bilan des dossiers agricole et écologique apparaît maigres. La qualité de l’eau s’est tout juste maintenue, le paysage agricole a continué de se désertifier, le nombres de fermes et les emplois ont encore diminué, y compris dans l’agroalimentaire. Sur ces questions, la collectivité régionale reste une institution naine : elle injecte 14 millions d’euros dans l’agriculture, face aux 700 millions de l’Europe et de l’État.
La stratégie du Conseil régional a donc été de gagner des marges de manœuvre sur ces questions, tout en intégrant de nouvelles missions imposées dans le cadre de la décentralisation. Pas toujours avec succès. L’État a notamment refusé de lui confier une expérimentation sur la politique de l’eau, alors que celle-ci en a fait une priorité et avait engagé une large implication des acteurs locaux. Par ailleurs, la Région a fortement plaidé pour la mutualisation régionale des droits à paiement unique ; en vain puisque l’État a choisi des références individuelles. Comme stratégie palliative et en réponse aux fortes demandes des réseaux associatifs et syndicaux concernés, elle participe à la mise en place de paiements compensatoires pour les systèmes de production biologique ou à forte proportion d’herbe. Ce soutien implique cependant une participation des départements (plutôt favorables) et de l’Europe, qui pourrait n’être que temporaire.

Nouveaux interlocuteurs
La Région conforte par ailleurs certains interlocuteurs de l’économie sociale et du monde associatif. En acceptant de reconnaître puis en sollicitant le pôle Inpact [1], qui a ainsi (parfois laborieusement) retrouvé des subsides publics, la Région renforce ce pôle alternatif. En choisissant de conventionner la Chambre régionale de l’économie sociale, en incitant la Conférence permanente des coordinations associatives nouvellement constituée à s’impliquer dans des comités consultatifs, la Région joue la carte d’un partenariat institutionnel qui oblige ces instances à assumer leur représentativité. Certes ces nouvelles synergies ne se font pas sans tensions : les élus ont parfois du mal à être " suivis " par leurs propres services ; ces jeunes institutions ne sont pas toujours très articulées avec leurs adhérents.
Le changement de la politique des Pays apparaît le plus marquant, mais aussi le plus fragile. La Région reprend et renforce la notion de contrats territoriaux (liés jusqu’à récemment aux contrats de plan) lancés à l’occasion des assises des Pays de Bretagne. Après un " tro - Breizh " (tour des pays de Bretagne) de la vice-présidente, chacun des territoires est invité à formuler ses projets, puis à négocier les financements avec la Région et les départements. Le Conseil régional ira ensuite négocier avec l’État pour qu’il contribue à ces contrats. La démarche se veut donc bien ascendante. Reste qu’à l’échelle des pays, les situations sont très variables : les pays qui " entourent " les communautés d’agglomérations ont du mal à exister en tant que tel ; dans beaucoup de structures de gestion, les élus ne raisonnent qu’en investissements " en dur "...
La liste majoritaire avait beaucoup utilisé l’expression de " région stratège " durant la campagne électorale. En annonçant vouloir " changer les règles du jeu ", le Conseil régional peut permettre l’expression d’acteurs jusque là marginaux et inorganisés, pour peu que ces derniers sachent ne pas s’enfermer dans des logiques trop partisanes ou d’appareils.


M. Carré, Transrural initiatives n°305, 14 mars 2006.

[1] Initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale