Dit " de Doha ", le cycle " pour le développement " que pilote l’Organisation mondiale du commerce (OMC) vise à redéfinir les modalités d’accès aux marchés des produits agricoles et non agricoles. En septembre 2003, l’échec de la cinquième conférence ministérielle, qui se déroulait à Cancun (Mexique), a illustré la difficulté de l’exercice. Pour tenter de sauver le cycle, une " feuille de route " a été définie in extremis en juillet 2004. C’est dans ce cadre que s’inscrit la réunion qui se tiendra du 13 au 18 décembre à Hong Kong. La question agricole est une fois de plus au centre des discordes, mais les termes de l’équation ne sont plus tout à fait les mêmes.
Ping-pong à Hong Kong
Désireux d’élargir leur accès aux marchés des produits non agricoles et à ceux des services (AGCS), les États-Unis et l’Union européenne font le forcing pour conclure le cycle d’ici à 2006. L’amélioration des échanges sert de prétexte à ces puissances commerciales qui veulent avant tout favoriser les débouchés de secteurs qui pèsent plus lourd que l’agriculture dans leur économie.
Cela a notamment conduit la Commission européenne à multiplier les concessions sur l’accès aux marchés agricoles, tant en matière d’exportation (fixation d’une date de suppression des restitutions à l’exportation) que d’importation (réduction des droits de douane). Certains États membres (dont la France) ont estimé que la Commission outrepassait son mandat et ont rappelé le principe fondateur de la Politique agricole commune qu’est la " préférence communautaire ". Cette querelle intra-communautaire s’ajoute aux difficultés que rencontrent les 25 pour se mettre d’accord sur les perspectives financières de l’Union. Mais d’autres éléments rendent probable un nouvel échec des négociations du cycle de Doha.
La conférence de Cancun a été le cadre d’un " surgissement du Sud " qui a fait apparaître de nouveaux clivages dans le champ du commerce mondial. L’émergence de ce nouveau bloc a été saluée par certains comme une victoire sur l’arrogance des pays du Nord, mais " le Sud " en question est plus hétéroclite qu’il n’y paraît. Son expression est dominée par le groupe des 21 (aussi appelé " groupe de Cairns "), qui se présentait à Cancun, de façon peu convaincante, comme le défenseur des paysans pauvres. Cette coalition regroupe des pays agro-exportateurs nets aussi variés que le Brésil, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada.
Des concessions jugées insuffisantes
Le groupe des 21 estime que les concessions faites par l’Union européenne et les États-Unis en matière d’aides agricoles (- 60 % proposés par les États-Unis, - 46 % proposés par l’UE) sont largement insuffisantes. Or, tenu par son mandat, le commissaire européen Peter Mandelson affirme ne pas pouvoir faire de nouvelles concessions.
Au-delà des rixes entre " grands " (États-Unis contre Union européenne et Nord contre G21 ") se pose toujours et encore la douloureuse et tragique question initialement posée à Doha : comment concilier commerce international et développement ? Avec en filigrane cette autre interrogation : les échanges agricoles mondiaux peuvent-ils être mis au service du développement des pays du Sud ?
Un deuxième échec dans le cycle de Doha laisserait ces questions en suspens alors qu’elles sont cruciales pour de nombreux pays. Au fond, le problème est peut-être que depuis 1974, la montée en puissance des exportations européennes et l’irritation américaine qui en a résulté ont conduit à " expérimenter " des règles qui n’ont jamais été efficaces. Les échecs répétés qu’ont connus les institutions internationales dans leur recherche d’un compromis acceptable par tous sur la régulation de la mondialisation sont assez révélateurs. Sur les questions agricoles et, plus généralement, en matière de commerce international, ne devient-il pas urgent de faire émerger de nouveaux " paradigmes audacieux " ?