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Le plan sécheresse oublie l’essentiel

Nelly Olin, ministre de l’Écologie et du Développement durable, propose une série d’actions « pour lutter contre la vulnérabilité de la ressource en eau potable ». Si ce plan contient des nouveautés en direction des usagers de l’eau, il reste très frileux sur l’épineux dossier de l’irrigation.

La sécheresse de 2005 a servi d’électrochoc : la pluviométrie annuelle des régions de l’Ouest a été inférieure d’un tiers à la moyenne des cinquante dernières années. Face à cette situation de crise et alors que la situation reste préoccupante en Poitou-Charentes et dans les Pays de la Loire, le « plan de gestion de la rareté de l’eau » annoncé par le gouvernement est centré sur une priorité : garantir pour tous les citoyens un accès à l’eau potable. En particulier, l’exploitation des retenues et barrages devra toujours servir cet objectif en premier. Mis en oeuvre par bassin versant en associant les différents acteurs locaux, ce plan vise en outre à concilier les différents usages de l’eau tout en préservant la qualité des milieux aquatiques.
Par ailleurs, les vingt-six mesures présentées mettent fortement l’accent sur la sensibilisation des usagers à une bonne utilisation de l’eau. Ainsi, la pose de compteurs d’eau froide dans les logements des immeubles collectifs neufs sera rendue obligatoire. Des labels « développement durable » seront attribués en matière de construction ou de gestion environnementale des communes. Une charte nationale de bonnes pratiques sera signée avec les gestionnaires de terrains de golf. Un programme visera à diminuer la consommation d’eau pour le refroidissement des centrales électriques et à réduire l’impact des rejets sur les milieux. La récupération et l’utilisation des eaux de pluie seront favorisées. Les projets industriels ou collectifs de récupération d’eau pourront être soutenus par les Agences de l’eau. La réutilisation des eaux usées traitées et la désalinisation d’eau de mer seront développées…

Ces actions sont importantes, mais le problème numéro un n’en reste pas moins l’irrigation des cultures. Celle-ci mobilise chaque année la moitié de l’eau consommée en France. Surtout, pendant l’été, elle peut accaparer jusqu’à 80 % de cette consommation alors que l’approvisionnement en eau potable est plus problématique qu’aux autres périodes. Malgré la diminution de 8 % des surfaces en maïs, cette culture reste fortement responsable des prélèvements agricoles. Les mesures gouvernementales ne sont pas à la hauteur de ce qu’il conviendrait de faire : elles se contentent d’encourager les agriculteurs à « adopter des pratiques raisonnées et une meilleure conduite de l’irrigation ». Elles envisagent en outre « la création de retenues de substitution, dès lors qu’elles seront gérées de manière collective » et « lorsque cela apparaîtra écologiquement et économiquement fondé ».
Ceux qui critiquent la place prise par l’irrigation pensent que ces retenues de substitution ne feront qu’offrir un nouveau sursis à un système dont on sait qu’il n’est pas durablement viable. Ainsi, par exemple, l’UFC Que Choisir estime que « le plan sécheresse maintient les agriculteurs dans une impasse environnementale. Ces derniers ne se voient proposer aucune aide financière qui permettrait d’assurer une reconversion partielle des cultures et, par ce biais de réduire les productions irriguées dans les zones touchées par la pénurie ». Effectivement, le point faible de ce plan est de ne pas poser la vraie question : accompagner des mesures alternatives à l’irrigation. Les mesures présentées ne sont pas assez contraignantes pour imaginer un recul du gaspillage hydrique estival. L’UFC Que Choisir propose d’ailleurs « l’instauration d’une écotaxe anti-sécheresse par le triplement de la redevance que payent les irrigants », sur le principe utilisateur - payeur.
Plus généralement, l’UFC Que Choisir juge que le plan de gestion de la rareté de l’eau « se contente d’énumérer des mesures de faible portée, ne contient aucune réforme structurelle de la politique de l’eau et ne permettra en aucun cas de réduire le risque de pénurie. » Ce plan manquant d’ambition n’est en fait que le résultat d’un compromis entre les ministères de l’Écologie et de l’Agriculture. De plus, ce dernier a visiblement eu le dernier mot.


J. Taunay, Transrural Initiatives n°297, 15 novembre 2005.