Occupant 2 500 m² dans le XXe arrondissement, le « Jardin solidaire » est né en 2001 à l’initiative d’un jeune plasticien, rapidement soutenu par une poignée de voisins. Ces habitants ont alors transformé une friche située sur un terrain en pente douce et très ensoleillé en un jardin associatif ouvert, riche d’une vingtaine d’arbres et de très nombreuses espèces de plantes, fleurs et légumes : eucalyptus, maïs, tournesols, dahlias, rosiers, capucines, kiwis, figuier... Toujours propriétaire des lieux, la Mairie de Paris l’a reconnu en tant que « jardin partagé » en 2003.
Espace autogéré à vocations diverses
Ce lieu autogéré s’est construit dans la dynamique récente d’émergence de jardins partagés en France, elle-même inspirée des jardins communautaires new-yorkais et québécois. Les jardins collectifs sont ainsi nés du souci d’appropriation collective de l’espace public et d’un besoin d’espaces verts. Leurs vocations sont diverses : favoriser les rencontres et l’animation de la vie d’un quartier, permettre des activités autour d’un potager, maintenir de la biodiversité ou encore contribuer à la lutte contre l’exclusion [1].
Situé dans un quartier populaire et pluri-éthnique, le Jardin solidaire du XXe arrondissement était ouvert à tous les habitants avec l’ambition de constituer « un lieu de rencontres intergénérationnelles et interculturelles ». Cet espace délimité par des barrières était ouvert à des heures et jours précis. Sa gestion et son fonctionnement étaient assurés par des animateurs bénévoles, secondés par des habitants motivés qui proposaient une activité ou, simplement, assuraient la sécurité des plus jeunes enfants. Documentaliste à la ville, Karine s’y improvisait animatrice de quartier et venait presque tous les jours pendant l’été. « Avec la fermeture du jardin, les petits vont à nouveau se retrouver dans la rue », glisse-t-elle. Beaucoup des activités mises en place dans ce terrain associatif permettaient de les occuper : jardinage, arrosage, fresques, musique, atelier vidéo, maquillage, goûter… Pour garantir les meilleures conditions d’accueil possibles, l’ensemble du terrain avait été consolidé par une entreprise de travaux publics et toutes les activités faisaient l’objet d’un contrat d’assurance. Le jardin permettait également d’organiser des projections de films en plein air et des concerts, des fêtes familiales ou amicales.
Les initiateurs du lieu souhaitaient en faire « un support d’expériences collectives ». Cédric Benyounès-Maymard, trésorier de l’association, regrettait cependant que « les visiteurs restent très "consommateurs" du lieu. Il faut aussi savoir être acteur et participer à la vie du Jardin, du simple arrosage des plantes à l’animation d’une activité. » La démarche participative et la mixité sociale restent difficiles à construire.
En avril, dans le cadre d’un sondage organisé auprès de la population du XXe arrondissement, 80 % des réponses étaient favorables au maintien du Jardin solidaire. Un collectif d’habitants s’est même créé et a manifesté son incompréhension. Peine perdue. La Mairie ne reviendra pas sur sa décision. Comme compensation, elle offre à l’association d’occuper une portion du jardin de Casque d’Or, qui est proche. Mais l’espace proposé est deux fois moins important. Surtout, il est sans âme et situé dans un environnement ingrat. L’heure est à la négociation afin d’obtenir de la Mairie au moins un local qui permettrait de poursuivre des activités telles que le soutien scolaire ou des projections de films.
Réticence des élus
Dans un registre plus général, la Mairie de Paris propose aux associations animant un jardin partagé de signer une charte « Main verte ». La Mairie prend alors en charge l’aménagement du terrain (expertise technique, clôture, arrivée d’eau, remblayage) et l’association peut bénéficier d’un soutien méthodologique. Les engagements qu’elle doit prendre en contrepartie apparaissent cependant très contraignants : ouverture restreinte du site, accès au terrain limité à cinq ans.
Les jardins partagés, malgré le besoin croissant d’espaces verts exprimé par les urbains [2], restent des lieux précarisés car à la fois menacés par la pression foncière et suspects aux yeux d’élus souvent réticents à confier à une association la gestion d’un espace public.
Pour en savoir plus : www.jardinsolidaire.org.
[1] Voir le site « Le jardin dans tous ses états » www.jardinons.com.
[2] Un sondage réalisé en 2004 montrait que 93 % des Parisiens veulent avant tout davantage d’espaces verts.