Privatisation des autoroutes, réduction annoncée des dessertes de trains Corail, mise en œuvre de la décentralisation des routes nationales… La période estivale où les Français sillonnent l’hexagone a été marquée par une actualité politique sur leurs transports. Que la SNCF ne soit pas condamnée aux déficits n’est pas forcément choquant. Que l’État cherche à trouver quelques subsides pour faire face à une croissance très « molle » n’est pas non plus surprenant. Il y a toutefois un double questionnement sur les rôle de l’État et sur la subsidiarité qui aurait dû gouverner une nouvelle phase de décentralisation.
Absence de réflexion stratégique
On évoque de plus en plus un retour de l’État sur ses missions régaliennes. L’État-providence est bel et bien mort, mais, dans le même temps, ses politiques et fonctionnaires n’en sont pas encore forcément persuadés. L’aménagement du territoire fut un des fruits des Trente glorieuses et du gaullisme triomphant, que l’État semble abandonner, en tous les cas par les transports. Mais alors à quoi bon, dans le même temps, se remobiliser sur des pôles de compétitivité, des métropoles ou une politique littorale ? Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, l’État veut continuer à donner l’illusion de piloter, en repassant le volant et les factures d’essence à d’autres.
On ne voit pas se dessiner, au fur et à mesure des décentralisations, une cartographie claire des responsabilités de chacun. L’agriculture à Bruxelles, les trains aux Régions, le social aux départements, et, dans tous les cas, tout le monde finance le tout. Il faudra, à un moment donné, faire une évaluation de ces « dérégulations ». Est-ce bien au niveau des départements que la solidarité nationale vers les plus démunis doit se jouer ? Est-ce par les impôts locaux que l’on doit financer une ligne de chemin de fer interrégionale ? Est-il logique que l’on doive attendre les derniers arbitrages sur le budget européen pour savoir quelles seront les cultures plantées dans le champ voisin ? Faut-il s’enorgueillir que la moindre salle des fêtes soit cofinancée par l’Europe, l’Etat, la Région, le Département, la communauté de communes et le terrain offert par la commune ?
Il ne s’agit pas d’entamer le vain débat du niveau de collectivités à supprimer, mais de s’interroger sur ce que l’Etat peut le mieux faire, ce qu’il doit abandonner, quelle est sa responsabilité de péréquation entre les uns et les autres. Il y a aujourd’hui un payeur unique, le citoyen-contribuable et d’innombrables donneurs d’ordre.