Depuis trois ans déjà, l’Afnor [1] réunit autour d’une même table les acteurs du commerce équitable, des institutionnels et les représentants de la grande distribution. Le but est de publier un « fascicule de documentation » qui permettrait d’harmoniser les pratiques de ce secteur en forte progression depuis quelques années. Des associations comme Max Havelaar France [2] ou la Plate-forme du commerce équitable [3] s’opposent à la publication de ce document.
« Il n’est pas fait mention d’un prix garanti pour le producteur et n’importe qui pourra faire du commerce équitable » sont les arguments mis en avant par Emmanuelle Cheilan de Max Havelaar France. « Nous souhaiterions imposer à l’Afnor que les centrales d’achat passent obligatoirement par des organismes labellisés pour le commerce équitable » ajoute M. Arché président de l’association Solidarité Amérique latine pour le développement autonome des communautés (Saldac) [4] . Ce qui ne semble pas être prévu puisque seule la démarche commerciale intéresse l’Afnor et que l’État laisse faire. « Ce document n’est pas parfait, mais ce n’est ni une norme, ni un cahier des charges, c’est une base de discussion avec d’autres partenaires et le public » tempère M. Arché. « En fait Max Havelaar voudrait que son logo soit le seul retenu pour le commerce équitable », regrette-t-il. Or, Max Havelaar n’est pas un label mais un logo privé adossé au cahier des charges de l’association ; il n’est pas assis sur une norme ou un règlement public. Aujourd’hui, il n’existe pas d’organisme certificateur reconnu par les pouvoirs publics pour les pratiques du commerce équitable comme c’est le cas pour l’agriculture biologique.
Les partenaires se réuniront une dernière fois début juin pour essayer de trouver un dénominateur commun afin de lancer le débat public.
Max Havelaar en maintenant l’appellation « label » va finir par s’attirer les foudres des associations de consommateurs et pourrait discréditer ceux qui ont fait le choix de ce logo pour commercialiser leurs produits. Car pour la grande distribution le commerce équitable est une réussite commerciale qui se compte en parts de marché (lire ci-contre). C’est donc devenu une stratégie commerciale dont certains acteurs (associations ou sociétés anonymes comme Alter Eco) ont fait l’amère expérience. Des enseignes de la grande distribution qui vendaient leurs produits équitables développent désormais leurs propres marques « distributeur », tout en étant certifié par Max Havellar. Et contourne ainsi les acteurs historiques du commerce équitable. C’est le cas par exemple de Monoprix. Or, les marques distributeurs ont pour principal objectif de rogner les marges…
Pour une partie de ceux qui veulent modifier les rapports commerciaux entre le Nord et le Sud, la grande distribution reste pourtant un maillon essentiel de la chaîne du commerce équitable. Selon eux, seule l’augmentation des volumes commercés permettra de lutter contre la pauvreté. D’autres, comme Minga [5] - collectif d’associations de commerce équitable -, réfutent cette stratégie, estimant que « le fait de considérer le commerce équitable comme un secteur d’activité à part qu’il conviendrait à tout prix de faire progresser en terme de marché est en soi une perversion ». « Au sein de Minga, explique M. Porte, chef de projet, nous défendons l’idée que toute la filière, de la production à la distribution en passant par le transport doit être « équitable ». La solidarité ne doit pas être que dans l’axe nord-sud mais pour tous les partenaires. Nous travaillons à la transparence financière, le consommateur doit savoir où se situe la répartition des marges, ce que ne propose jamais la grande distribution » [6] .