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Le Roundup : une suspicion croissante

Le glyphosate, dont la version commerciale la plus connue est le Roundup de Monsanto, est l’herbicide le plus utilisé au monde. Plusieurs études jettent la suspicion sur ce produit longtemps vanté biodégradable et inoffensif.

L’herbicide Roundup est largement utilisé par les agriculteurs, mais aussi les particuliers et les services de voirie (TRI 273). Son utilisation croît avec celle des organismes génétiquement modifiés, dont la grande majorité a été spécifiquement conçue pour le "tolérer". Pourtant, sa notoriété pâtit de plusieurs études montrant la toxicité de ces composants, en particulier le glyposate. La dernière alerte est un article publié le 24 février dans la revue américaine Environmental Health Perspective, signé par Gilles-Eric Séralini et son équipe de l’université de Caen. Il décrit plusieurs effets toxiques du glyphosate et de ses adjuvants appliqués à dose faible sur des cellules placentaires humaines in vitro. Les perturbations endocriniennes constatées pourraient expliquer les taux parfois élevés de naissances prématurées et de fausses couches constatées dans certaines études épidémiologiques sur des agricultrices américaines utilisant le glyphosate. L’équipe a comparé les effets respectifs de la matière active glyphosate et du produit commercial Roundup. Elle a constaté que le produit commercial était plus perturbateur que son principe actif isolé.
Déjà en 2002, une équipe du CNRSCentre National de la Recherche Scientifique de Roscoff (Finistère), en travaillant sur des cellules d’oursins, avait montré que le Roundup agissait sur une des étapes clés de la division cellulaire, une dérégulation pouvant conduire à un cancer. Plus récemment, en 2004, l’équipe bretonne a montré que le processus de contrôle des dommages de l’ADN était affecté par le Roundup, alors que le glyphosate seul n’avait aucun effet [1].

Du glyphosate à tous les repas

De telles études in vitro nécessitent d’être complétées pour déduire les effets sur l’homme. "Il est devenu un produit alimentaire depuis qu’on l’utilise sur les plantes OGM, capables de l’absorber sans succomber", soutient Gilles-Eric Séralini, membre de la Commission du génie biomoléculaire (CGB).
Précisément, au Brésil, dans l’état du Parana, des scientifiques alertent actuellement les agriculteurs et les consommateurs sur les dangers dus aux résidus de glyphosate et ses dérivés. Ils sont présents dans les graines de soja, lorsque l’herbicide a été appliqué en post-levée, comme c’est le cas avec les cultures transgéniques. Ce qui ne semble pas inquiéter l’agence nationale de vigilance sanitaire au Brésil qui a autorisé une augmentation de 50 fois de la limite maximale de résidu de glyphosate.

Différentes sources de toxicité

Plus inquiétant, les résultats d’analyse montrent la présence d’un métabolite du glyphosate, l’AMPA (acido aminomethylphosphonique), responsable d’un excès de division cellulaire dans les reins chez les souris. En outre, la formule commerciale du Roundup de Monsanto contient d’autres composants chimiques qui se dégradent en polioxietyl amine et sel d’isopropilamine, encore plus nocifs que le glyphosate.
Un chercheur japonnais, Yoichiro Kuroda, pense que le glyphosate peut gêner le développement et l’activité du cerveau. Il s’appuie sur des travaux sur de jeunes rats dont les mères ont reçu de fortes doses de glyphosinate.
Quant aux effets sur la biodiversité, des chercheurs britanniques [2] notent que les champs de colza transgénique résistant à un herbicide, le glufosinate ammonum (proche du glyphosate), affichent une moindre biodiversité que les champs de colza cultivés de manière traditionnelle. Les champs "transgéniques" abritent moins d’abeilles et de papillons, et ils s’inquiètent d’un effet possible sur les oiseaux.

Toutes ces études demandent confirmation, nous dira-t-on. Certes, mais rappelons nous le cas de l’atrazine : avant son interdiction en 2003, ce désherbant était largement utilisé et présenté sans danger…


J.-Y.Griot, Transrural initiatives n°282, 5 avril 2005

[1] Toxicological Science, décembre 2004.

[2] Publié le 21 mars dans les Annales de la Royal Society