Entre l’urbanisation et la spéculation, les terres agricoles du littoral de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) pourraient disparaître à l’échelle d’une dizaine d’années.
En 30 ans, sur une bande littorale s’étendant de Menton à l’étang de Berre, 54 % de la SAU [
1] a disparu (23 000 hectares) à cause de l’urbanisation. Si rien n’est fait, dans 7 ans, les espaces agricoles auront disparu dans cette partie des Alpes-Maritimes et d’ici 15 ans dans les Bouches du Rhône. L’ensemble de la région est concernée, mais la Côte d’Azur est la plus touchée. Les agriculteurs sont délogés, il est quasiment impossible d’installer des jeunes. Et la Datar [
2] prévoit un afflux d’un million de nouveaux arrivants d’ici 20 ans… La situation est si préoccupante que le Comité économique et social de la région Paca s’est autosaisi de cette question et enquête depuis un an. Plus récemment, le Conseil régional a commandé une étude au Cessa [
3] pour essayer d’ébaucher des solutions au problème du foncier.
En cause, la spéculation foncière. Les prix ont atteint de tels niveaux qu’il est difficile aux Safer [
4] d’utiliser leur droit de préemption, les terrains devant être achetés à la moyenne du prix du marché. "
Désormais, c’est le marché qui oriente la politique publique. A moyen terme, sur le foncier agricole, il n’y a plus d’autres enjeux que la spéculation. Une importante partie du littoral méditerranéen non bâti appartient à des banques et des fonds de pension qui ont fait là des investissements à long terme " constate Claude Napoleone, économiste au Cemagref [
5]. Les élus peuvent néanmoins en décider autrement en utilisant l’arsenal juridique lié à la politique foncière nationale (SCOT [
6], Plan locaux d’urbanisme).
Á Aubagne dans les Bouches du Rhône, le maire a pris des engagements sur la destination des terres agricoles en passant un " contrat-charte " avec les agriculteurs. A long terme, c’est une véritable zone agricole viable qui sera conservée. Á Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes, il y a déjà longtemps que la commune a prévu une réserve foncière pour préserver son agriculture et ses paysages ruraux.
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Pour endiguer le phénomène, il faudrait une densification des zones urbaines et une protection définitive du foncier avec un conservatoire des espaces agricoles " selon Claude Napoleone. Mais avec quels moyens quand on connaît les difficultés du Conservatoire du littoral pour assumer sa mission ?
[1] Surface agricole utile.
[2] Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale.
[3] Centre d’étude des sciences sociales appliquées.
[4] Société d’aménagement foncier et d’établissement rural.
[5] Centre d’étude sur le machinisme, le génie rural et les eaux et forêts.
[6] Schéma de cohérence territoriale.