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Produire et conserver

La conférence internationale « Biodiversité : science et gouvernance » qui s’est tenue du 24 au 28 janvier 2005 à l’Unesco a été l’occasion de réaffirmer le lien qui existe entre la production et la conservation.
Alors que production et conservation ont longtemps été opposées, leur articulation est désormais un des enjeux majeurs des politiques nationales et internationales. Le développement, pris dans des logiques non durables d’exploitation des ressources naturelles, doit être relié à des mesures de conservation. C’est en ce sens que la protection de la biodiversité est une nécessité, non seulement pour les espèces menacées (34 000 espèces seraient en danger et 15 000 déjà en voie de disparition), mais plus fondamentalement pour le devenir de la planète. Si le développement durable peut représenter davantage qu’une simple invocation, c’est en dépassant la contradiction production/conservation. Ceci doit se faire à l’échelle locale, notamment à travers des formes nouvelles d’agriculture plus diversifiée. Dans l’Europe des 25 par exemple, plus des trois quarts de la surface totale est agricole ou forestière. Pour que cette exploitation ne soit pas destructrice, il est nécessaire que les politiques actuelles (et en particulier la Pac) soutiennent des pratiques plus intégrées, à l’image de celles liées aux bocages de l’ouest européen qui ont historiquement représenté une forme réussie d’exploitation des ressources naturelles dans des paysages écologiquement riches.
Les politiques de la biodiversité sont trop souvent centrées sur des actions ponctuelles, en particulier dans les parcs nationaux ou les réserves. On prend aujourd’hui conscience que les mesures limitées dans l’espace ne peuvent pas compenser les destructions qui sont faites à l’extérieur de ces territoires protégés. Dans les contextes des pays en développement, ce sont en plus les plus démunis qui sont souvent sommés de réduire leur usage des ressources naturelles. Une politique de la biodiversité efficace passe finalement par une limitation de nos modes de production à toutes les échelles et dans toutes les catégories économiques.

G. Gibault & M. Reinert, Transrural Initiatives n°278, 8 février 2005.