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Le paysage séduit les Safer

En plaçant le paysage au cœur de leurs préoccupations lors de leur congrès, les Safer espèrent donner une nouvelle grille de lecture de leurs missions : contribuer au maintien de l’agriculture, accompagner les collectivités dans la gestion du foncier rural et participer à la protection de l’environnement en tant que bien public.

À l’occasion de son congrès, la Fédération nationale des Safer (Sociétés d’aménagement foncières et d’établissement rural, dirigées par des paysans) a édité un livre blanc intitulé La fin des paysages ? L’analyse de Safer repose sur le continuum harmonieux « pays, paysans, paysages » qui fait des terroirs français le fruit essentiellement du travail agricole. L’agriculture couvre 29 millions d’hectares, soit 53 % du territoire national, auxquels s’ajoutent une quinzaine de millions d’hectares de forêts. Les paysages agricoles représentent, de fait, la quasi-totalité des paysage de nature. Ils sont de plus plébiscités, les urbains étant envieux du cadre de vie des ruraux.

Les terres « vides »

Découlant de cet axiome, les Safer incriminent l’urbanisation galopante qui avale des terres agricoles, victimes désignées. La superposition de cartes IGN entre 1950 et 2000 frappe effectivement l’œil. Les espaces cultivés sont progressivement grignotés par des habitations, des routes et des zones d’activités. Pour l’aménageur, la terre agricole est un espace facile, quasi « vide », donc aménageable à merci. Les Safer se font alors l’écho de la déstabilisation du monde agricole qui, entre 1988 et 2000, a vu la surface agricole utile perdre 720 000 ha, soit 60 000 ha par an. Comment infléchir les tendances à l’œuvre ? Nombreuses sont les politiques publiques qui cherchent à endiguer les évolutions d’usage du foncier. Selon Anne Fortier-Kriegel, paysagiste, si l’économie marchande détermine l’aménagement de l’espace, elle omet de comptabiliser les… 10 millions d’emplois directs qui reposent sur l’attrait des paysages français ! De plus, la complexité de la réglementation ne facilite pas l’implication des citoyens. De fait, même si moins de 1 % de l’espace est classé, c’est l’approche patrimoniale qui semble la plus consensuelle. Pourtant, comme le soulignait Michel Cantat-Dupart dans le débat du congrès des Safer, les évidences en la matière sont relatives. Ainsi s’appuyant sur un cliché montrant l’urbanisation en bordure de Lille, il souligne qu’elle contourne un ancien fort Vauban, élément préservé de ce paysage anciennement agricole. Et de s’interroger : n’aurait-on pas dû aménager le fort en centre commercial plutôt que de l’implanter sur des terres agricoles, que l’on aurait du coup préservées ? L’urbaniste pointe le peu d’initiative visant à réinvestir les friches industrielles et, plus encore, les quartiers ou hameaux en déclin alors qu’ils pourraient servir à éviter une délocalisation, de plus en plus loin hors des villes, de zones d’activités et commerciales. Au-delà de l’incidence positive qu’il aurait pour l’agriculture, un tel basculement conduirait à ne plus penser seulement la mobilité du village vers la ville, mais également en flux centrifuges.

Approche ménagère

Pour l’heure, les décideurs se penchent surtout les territoires périurbains qui connaissent la plus forte croissance démographique et spatiale (+50 % en 10 ans). Un cinquième des urbains y habitent dorénavant, soit 9 millions de résidents. Deux millions et plus qu’il y a dix ans. La cause : l’explosion de l’habitat individuel. Mais l’espace « néorural rattrapé par la ville » traduit-il obligatoirement « une urbanisation subie », comme l’affirment les Safer ? Non, répond Pierre Donadieu, professeur à l’Ecole nationale supérieure du paysage. IL considère que « le grignotage va sans doute perdurer tant que les pouvoirs urbains n’auront pas pris conscience de l’ampleur du phénomène. Quand ils s’en emparent, comme en Europe du Nord, ils le construisent en espace mixte, à la fois ville et campagne. »
C’est dans cette optique « ménagère » du paysage rural ou périurbain que les Safer entendent défendre leur positionnement d’ « outil foncier » en s’imposant comme partenaire de l’Etat et des collectivités autant si ce n’est plus que des organisations agricoles dont elles sont issues.

Voir aussi le Livre blanc de la FNSafer : La fin des paysages ? -Pour une gestion ménagère de nos espaces ruraux., Octobre 2004.


C. Donnars, Transrural Initiatives n°274, 7/12/04.