Transrural Initiatives : Quelles sont les relations entre les éleveurs et les espèces sauvages comme le loup ou l’ours dans le Massif cantabrique ?
Ignacio Molinia Garcia : Pour le moment, il y a très peu de conflits entre les éleveurs et l’ours cantabrique [vivant dans les monts cantabriques]. Les raisons sont diverses. D’une part, l’activité d’élevage dans cette zone est principalement bovin et équin, l’élevage ovin étant assez faible. L’ours étant un animal plus charognard que chasseur, il occasionne peu de dommages à l’élevage bovin. Par ailleurs, dans la zone d’habitat de l’ours, l’activité d’élevage s’est fortement réduite ces dernières années. A contrario, les espèces cynégétiques comme le cerf se sont fortement développées, représentant une source de charogne importante.
Quant au loup, on fait une très grande différence entre les zones où le loup est toujours resté présent et celles où il a disparu. Dans les premières, les habitants ont conservé l’habitude de vivre avec des grands prédateurs et intègrent dans leurs pratiques la présence des loups. Les éleveurs utilisent par exemple des chiens pour garder leur troupeau. Il faut noter également que dans ces zones les animaux sauvages, comme les sangliers, les cerfs, sont en nombre important et procure l’alimentation nécessaire aux loups. A contrario, là où le loup a disparu, la faune sauvage est moins nombreuse et l’élevage se trouve en première ligne pour alimenter les loups. Ce phénomène est aggravé par le fait que les pratiques de protection des troupeaux vis à vis des prédateurs se sont perdues.
TRI : Quels dégâts sont occasionnés par ces animaux sauvages et comment les gérer-vous ?
I. M. G. : Par principe, les dégâts occasionnés par ces espèces protégées sont indemnisés auprès des éleveurs. Les dégâts les plus remarquables causés par les ours concernent les ruchers. Les apiculteurs sont alors indemnisés et on tente de minimiser les risques en protégeant les ruchers par l’installation de postes électriques. Pour réparer les dommages, la région de Castille et Léon dépense environ 24 000 euros par an pour chaque ours, sachant qu’il y a une centaine d’ours environ sur la chaîne montagneuse. Les régions des Asturies, de Galice et de Cantabrie couvrent-elles aussi les dégâts sur leur territoire pour ces mêmes ours.
Pour le loup, les éleveurs sont également indemnisés en cas de dégâts. Mais la politique de gestion de cet animal va plus loin puisque leur chasse est autorisée au-delà d’un certain nombre. Ces chasses sont alors contrôlées et organisées en concertation entre les chasseurs et les administrateurs publics en charge de la gestion de ces espaces. Environ trois chasses se déroulent chaque année.
TRI : Comment sont gérées les relations entre les chasseurs et la protection des espèces sauvages ?
I. M. G. : Nous essayons de rendre compatible la présence de l’ours avec la chasse. Nous ne sommes pas favorables à des espaces réservés aux ours. Nous privilégions une limitation temporelle et spatiale, en identifiant clairement les aires de refuge et d’alimentation pré-hivernale des ours. A partir de là, s’établit un programme de battues de sangliers où sont définies les modalités et les périodes où il est possible de chasser sans problème.
On agit aussi par le biais de formations auprès des chasseurs en leur enseignant comment réagir en cas de confrontation avec un ours, ceci dans l’objectif de prévenir des accidents sur les chasseurs ou sur les ours.
Propos recueillis par C. Laidin
Un nouveau « Plan loup » en France
Le 8 novembre, les ministères de l’agriculture et de l’écologie rendaient public la dernière version du « Plan loup 2004-2008 », en gestation depuis le printemps dernier. Considérant le retour du loup en France comme un « enrichissement de notre patrimoine naturel », le plan présente un état des lieux de la population, ainsi qu’une série de mesures. Les estimations du nombre d’animaux se situent autour de 55 en France, contre 2500 dans la péninsule ibérique et 500 à 600 individus en Italie. Les actions prévues visent à accompagner les éleveurs en améliorant les conditions de protection directe et l’indemnisation des dégâts. En plus d’un programme poussé de suivi de la population de loups, les ministères projettent de mettre en œuvre une politique de gestion. Le plan vise à « garantir un état de conservation favorable du loup », et dans le même temps à « ralentir la croissance démographique » d’une population pourtant jugée « petite » par les scientifiques responsables de son suivi. D’où le prélèvement de 4 loups cette année, justifié par l’application d’une « certaine marge de précaution ».
A noter, la réalisation d’une étude sur l’impact de la présence des loups sur les systèmes d’élevage, animée par l’Institut de l’Elevage.
Le Plan loup est téléchargeable à l’adresse : www.loup.environnement.gouv.fr
C. Trehet.