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Le glyphosate, herbicide total, voire totalitaire

Le glyphosate est un herbicide à succès. Il est aussi celui que tolèrent les actuelles cultures OGM. Pourtant il n’est pas sûr qu’il soit moins nuisible que les mauvaises herbes qu’il combat…

L’évolution de la réglementation européenne réduit le nombre de molécules utilisables pour le désherbage chimique. Ré-homologué en novembre 2001, le glyphosate, matière active du produit commercial Round up, devrait constituer l’un des principaux herbicides limitant le développement des adventices. Herbicide total, le glyphosate n’est pas seulement utilisé en agriculture, il rencontre un grand succès auprès des jardiniers amateurs, des services techniques des collectivités et des trains « désherbeurs » de la SNCF.

Polluants des eaux et des hommes
Vendu comme « biodégradable et écologique » par la firme Monsanto (cf. encadré), le glyphosate pose pourtant de graves problèmes de pollution. Dans son dernier rapport (2004), l’Ifen [1] met en évidence que 36% des analyses de recherche de glyphosate dans les eaux superficielles réalisées en 2002 avaient un résultat positif. Quand on y ajoute l’un des produits de dégradation du glyphosate, l’AMPA [2], ce chiffre s’élève à 51%. Or, il est prouvé (Ifen) que le glyphosate a des effets toxiques notamment sur la photosynthèse des algues et sur la faune aquatique.
Plus grave, divers travaux montrent la toxicité de l’herbicide sur la santé humaine. Une étude universitaire équatorienne a montré que les aspersions de Round-up (cf. ci-contre) entraînent des modifications génétiques parmi les populations indigènes. Selon une autre étude de l’université hébraïque de Jérusalem, une exposition au Round-up « induit des risques reproductifs pour les mâles et les femelles en ce qui concerne les animaux, et pour les mâles en ce qui concerne les hommes. »

Minidoses sur mesure
Face à ces risques, le ministère de l’agriculture a décidé de réduire les doses homologuées de glyphosate. Les doses préconisées par les industriels étant parfois bien en deçà des doses permises, invariables quelle que soit la formulation considérée. C’est pourquoi, désormais, les doses maximales pourront changer d’une formulation à l’autre. En fonction des résultats observés sur le terrain, il pourrait à l’avenir y avoir « un deuxième plan de rationalisation du glyphosate » déclare le ministère, en précisant que « le but de ce [premier] plan est de pérenniser ce produit, qui a des caractéristiques intéressantes. ». Accompagnant ces restrictions de dose, une série de mesures a été définie. Chaque spécialité commerciale devra mentionner précisément la dose à appliquer selon l’adventice visée. On incite également aux bonnes pratiques, notamment au traitement « par taches ». Enfin, le glyphosate sera maintenant interdit pour traiter les fossés en eau ou les plans d’eau.

L’apparition d’OGM tolérant au glyphosate devrait généraliser encore plus son utilisation. Le soja transgénique RR (Round Up ready) est disponible depuis 1996 aux États-Unis. La maîtrise des mauvaises herbes a pu être faite avec moins de labour. De cela découlent des économies d’énergie, de temps de travail ainsi qu’une amélioration de la matière organique du sol. Toutefois, ni une hausse des rendements, ni une diminution de l’utilisation totale d’herbicides n’ont été observées au champ. Pour cause : l’apparition d’adventices résistantes au glyphosate. De son côté, l’Union des industries phytosanitaires françaises (UIPP) affirme qu’il n’y a « pas de cas concrets observés de résistance » mais recommande l’alternance avec d’autres molécules, sans cependant en citer.

Le glyphosate demeure en effet le produit « pas cher ». Limiter les risques d’apparition de résistances, nécessitera, outre la diminution des doses de glyphosate, d’associer aux interventions chimiques d’autres pratiques culturales comme le faux semi, le désherbage mécanique, etc. Étant donné le coût élevé des semences OGM, il s’agira alors de faire les comptes au bout du champ.


Report du procès contre la publicité du Round Up
Alors que de nombreuses pollutions au glyphosate s’observaient en Bretagne à la fin des années 90, une « déferlante publicitaire » vantait la biodégradabilité du Round’up, nom commercial sous lequel est vendu le glyphosate. Apprenant par le ministère de l’environnement que cette molécule allait être classée dangereuse par les instances européennes, l’association Eaux et Rivières de Bretagne décide, en 2000, de porter plainte pour publicité mensongère contre les firmes Monsanto et Scotts France. Le groupe Monsanto avait déjà fait l’objet d’une plainte en 1996, dans l’Etat de New York, pour les mêmes motifs. « On ne leur demande pas de dire que leur produit est dangereux, ils seront bientôt obligés de le faire », confie Gilles Huet, « mais de ne pas dire qu’il est respectueux de l’environnement ». Le procès devait avoir lieu dernièrement, mais, aubaine commerciale, il est reporté au 3 juin 2005. Selon ses avocats, le PDG de Scott France n’avait pas reçu sa citation en bonne et due forme. Quant à celui de Monsanto, il n’est pas joignable car on ne retrouve pas l’adresse de l’entreprise !
Par ailleurs, l’association écologiste bretonne avait sollicité la préfète de Région afin d’interdire l’usage du glyphosate (et autres herbicides) sur et à proximité des lieux de transfert des eaux (fossés, douves, etc.). La Corpep Bretagne (Cellule d’orientation régional pour la protection des eaux contre les pesticides) a confirmé cette préconisation en septembre traduisant avant l’heure l’évolution de la législation nationale.


C. Trehet, Transrural Initiatives n°273, 23 novembre 2004.

[1] Institut français de l’environnement

[2] L’AMPA pourrait également provenir pour partie des lessives.