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Les savoir-faire ruraux anciens ont de l’avenir

Plusieurs organisations à vocation rurale ou agricole se sont regroupées autour d’un projet destiné à valoriser les savoir-faire ruraux anciens.

Pour bénéficier d’un financement au titre du programme communautaire Equal, des partenaires aussi variés que les Civam , Études et Chantiers, l’Institut de l’élevage, le Grep et l’organisme de formation Instep Aquitaine ont élaboré, sous le double patronage des ministères de l’Emploi et de l’Agriculture, un projet visant à « recenser, valoriser et favoriser le redéploiement économique de savoir-faire traditionnels ». Parmi ces derniers : la traction animale, un large éventail de techniques dans le secteur du bâtiment, le pastoralisme ou encore la réalisation de décors peints. Bien que célébré sous l’astucieuse appellation de Safran (Savoir-faire ruraux anciens), ce mariage contraint faisait un peu penser à celui de la carpe et du lapin. Et pourtant...

Différentes valeurs ajoutées Les 21 et 22 octobre, rassemblées à la Bergerie nationale de Rambouillet, soixante-quinze personnes liées à ce projet ont constaté qu’elles avaient tout intérêt à coordonner leurs efforts. Elles se sont en effet rendues compte que, par delà la diversité de leurs investissements ou de leurs préoccupations techniques, elles partageaient un ensemble assez considérable de valeurs, d’options stratégiques, de principes pédagogiques et, bien sûr, de revendications. Leurs échanges ont par exemple fait ressortir que les dits savoir-faire traditionnels s’avèrent particulièrement intéressants pour qui cherche à concilier activités de conception et activités manuelles, mais aussi pour permettre à des femmes d’accéder à une activité rémunérée, pour harmoniser des choix professionnels et des choix de vie ou, dans un registre voisin, pour favoriser l’insertion de personnes marginalisées par les logiques productives dominantes.
Le séminaire de Rambouillet a ainsi permis d’évoquer la valeur ajoutée que procure l’actualisation de nombre des savoir-faire traditionnels. Sur fond de crise de l’emploi, de crise énergétique ou encore de crise de la citoyenneté, cette valeur ajoutée est généralement appréciée sur un plan social (voire « sociétal »), culturel ou environnemental, mais elle peut aussi se mesurer en termes de rentabilité économique, y compris en fonction de critères actuellement en vigueur. Par exemple, l’engouement croissant pour certains matériaux de construction qui semblaient condamnés à disparaître ou le retour des chevaux dans les activités de débardage ou dans des vignes prouvent que la mécanisation et, par conséquent, la standardisation des processus de production ont été trop souvent conduits sans discernement.

Mieux valmoriser ces savoir-faire
Ces constats amènent à poser la question des moyens alloués à la valorisation des savoir-faire anciens. La contribution de l’Institut de l’élevage au projet Safran et la présence de plusieurs chercheurs à Rambouillet montrent que certaines instances de décision ont d’ores et déjà perçu l’enjeu que représente ce patrimoine. Les participants au séminaire ont cependant estimé que les organismes de recherche, les établissements de formation et, plus généralement, les pouvoirs publics devraient s’investir davantage en ce domaine. Ils pourraient notamment favoriser la production de références techniques liées à ces savoir-faire et aider les jeunes (et donc aussi ceux qui sont chargés de contribuer à leur orientation ainsi qu’à l’enrichissement et à la certification de leurs compétences...) à mieux connaître les activités traditionnelles.

Quand les Vosges retrouvent leurs pommiers
Les ateliers mis en place lors du séminaire de Rambouillet se sont appuyés sur une vingtaine d’expériences particulièrement intéressantes. Par exemple, celle des Vergers de la Meurthe permet de valoriser simultanément des savoir-faire traditionnels et des espaces délaissés. Ces derniers sont constitués par des bandes de terrain que l’État a été contraint d’acquérir dans le cadre d’un projet routier mais dont il n’a pas l’usage. Entre Baccarat et Saint-Dié, une association a proposé de les utiliser pour faire revivre des espèces fruitières abandonnées. D’anciens demandeurs d’emploi taillent désormais les arbres qu’ils y ont plantés et produisent un jus de pomme qui est ensuite vendu dans les commerces locaux. Et ce territoire commence à se souvenir que son identité ne se résume pas qu’aux mirabelles et aux sapins : les nombreux pommiers abandonnés qui parsèment ses paysages prouvent que d’autres productions restent envisageables.
Les Vergers de la Meurthe - 46, avenue du Général de Gaulle 88110 Raon-l’Étape - tél. 03 29 41 39 04.


A. Chanard, Transrural Initiatives n°272, 9 novembre 2004.