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Les coulisses de l’accord sur le prix de lait

Après plusieurs semaines de négociations, producteurs et industriels se sont mis d’accord début septembre sur une baisse du prix du lait, pendant les trois prochaines années. Mais l’ accord rend pessimistes beaucoup d’agriculteurs car il laisse de côté de nombreuses solutions non discutées.

Le précédent accord sur le prix du lait datait de 1997 et expirait en 2003. Avec la « nouvelle » Politique agricole commune (Pac), de nouvelles négociations se sont ouvertes entre industriels et producteurs de lait. L’objectif des premiers : acheter le lait au cours mondial. La Pac va aussi dans ce sens, en proposant une aide compensatrice à la baisse des prix (12,15 € pour 1000 litres). Mais, pour les producteurs, le prix garantit un revenu économique, ce qui n’est pas le cas des aides.
La négociation a d’abord amené à échelonner la baisse du prix pour la fin de l’année : - 5,92 €/1000 litres en août ; puis -7 €/1000 litres en octobre, novembre, décembre. Mais, la négociation s’est aussi conclue sur une règle de calcul pour les trois ans à venir : baisse annuelle de 9,40 € par tonne de lait et a adjoint un alignement des prix français sur nos voisins allemands. Avec possibilité de hausse ou de baisse dans une fourchette de 3,5 €/1000 litres en 2004 et 4€/1000 litres en 2005.

« La FNPL a choisi de casser l’élan de mobilisation en capitulant devant l’industrie laitière »
Les industriels se félicitent de l’issue de la négociation car elle donnerait « à la filière des perspectives durables d’amélioration de sa compétitivité face aux enjeux de la nouvelle Pac ». Ils fondent leur raisonnement sur le fait que « le nouveau mécanisme conduit à une baisse de prix inférieure à l’aide directe que l’Europe verse aux producteurs de lait en compensation des inévitables baisses de prix », les 12,15 €/1000 litres. « Inévitable » ! Le terme laisse peu de marge de manœuvre aux producteurs… Pour le ministre Hervé Gaymard, cet accord marque « la volonté des producteurs et des transformateurs de relever, unis, les défis auxquels est aujourd’hui confrontée la filière laitière français ». Cette « union » n’est pas non plus du goût de tout le monde. Côté coulisses, cet accord s’est négocié à trois : la Fédération nationale des industries laitières (FNIL), celle des coopératives laitières (FNCL) et celle des producteurs de lait (FNPL) affiliés à la Fnsea. Cette dernière négociant au nom des agriculteurs. Or, la Coordination rurale accuse la FNCL de ne pas jouer le jeu du pluralisme agricole puisque seuls sont représentés la Fnsea et les Jeunes agriculteurs. La Confédération paysanne, elle aussi, s’était insurgée l’hiver dernier contre cette interprofession laitière qui exclue une partie des producteurs. Les deux syndicats minoritaires estiment une nouvelle fois que les producteurs ont été trompés.
Fin août, un front commun avait en effet été trouvé pour refuser la baisse. Brigitte Allain, porte-parole de la Confédération paysanne estimait, le 26 août, que « le terrain demande qu’on soit tous ensemble : il est important d’avoir un message commun des producteurs sur ce dossier ». Des actions communes ont été organisées pour faire pression sur les industriels et sur les coopératives. Mais, l’unité s’est disloquée le soir du 2 septembre qui a entériné l’accord. La Confédération paysanne juge que « la FNPL a choisi, de manière tout à fait isolée, de casser l’élan de mobilisation en capitulant en rase campagne devant l’industrie laitière ».
Dans la négociation, la question des volumes de production n’a jamais été discutée. L’accord, de fait, exclut l’hypothèse d’une maîtrise de la production laitière (excédentaire). Pourtant, d’aucun reconnaît que l’équilibre entre l’offre et la demande assurerait un prix rémunérateur. La période était d’autant plus propice que la collecte des quatre premiers mois de l’année est en recul de 325 000 tonnes. Cette sous-réalisation passagère aurait pu être l’occasion d’évoquer -sans préjudice- les conditions d’une maîtrise de la production. À l’inverse, l’accord sur la baisse du prix du lait va engendrer une « course aux quotas » dans les campagnes françaises avec une addition bien connue : agrandissement des fermes + intensification de la production = chute du nombre d’agriculteurs. L’histoire se répète.


J. Taunay, Transrural initiatves n°269, 28 septembre 2004