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Contribution de l’agriculture au plan Climat

L’agriculture française contribue pour un tiers aux rejets de gaz à effet de serre. Autant que les transports routiers. L’association Solagro, membre du groupe de travail « agriculture » préparatoire au Plan Climat, fait des propositions [1].
Il n’est pas facile de comptabiliser de manière précise les émissions de gaz à effets de serre ! L’unité de mesure est la tonne équivalent gaz carbonique. Tous les gaz n’ont pas le même pouvoir de réchauffement, ni la même durée de vie dans l’atmosphère. Une tonne de protoxyde d’azote (N2O) émise aujourd’hui aura, au bout de 100 ans, un effet d’aggravation de l’effet de serre 300 fois supérieur à celui d’une tonne de gaz carbonique ; le méthane 23 fois supérieur.
Les émissions de protoxyde d’azote sont mal connues et difficiles à mesurer. Il y a des émissions directes dues aux épandages d’engrais ou d’effluents d’élevage et des émissions indirectes dues au lessivage des nitrates. Quant au méthane, c’est le gaz à effet de serre pour lequel la contribution de l’agriculture est la plus importante. Les ruminants « émettent » du méthane et on ne sait pas que faire pour diminuer les quantités émises sinon réduire le cheptel ! Le calcul le plus précis concerne les consommations d’énergie, directes ou indirectes. Les objectifs de réduction fixés par le protocole de Kyoto concernent les émissions nettes, déduction faite de ce qui est capté par les « puits de carbone » : sols agricoles et forêts.
Solagro a classé 12 propositions de en fonction de leur potentiel de réduction de gaz à effet de serre et de leur coût public de mise en œuvre. Citons les plus importantes. D’abord optimiser la fertilisation azotée. La réduction d’ici à 2010 de 30 % de l’excédent des bilans azotés éviterait le rejet de 7 à 8 millions de tonnes équivalent gaz carbonique, avec en prime une amélioration de la qualité de l’eau.
Deuxième proposition : traiter les effluents d’élevage par méthanisation dans des digesteurs avant stockage et épandage. C’est un moyen de produire de l’énergie, en remplacement d’énergies non renouvelables et d’éviter le rejet de méthane dans l’atmosphère tout en réduisant également les rejets de protoxyde d’azote. La troisième proposition relance l’idée d’un véritable plan « protéines » européen. En effet, substituer l’importation de 4,5 millions de tonnes de soja du Brésil ou des États-Unis par le développement des légumineuses dans les prairies et des protéagineux (pois, fèverole, lupin) permettrait d’économiser aliments du bétail et engrais azotés.
Les autres solutions avancées concernent des changements dans les pratiques culturales : le non labour, un assolement privilégiant des prairies et moins de cultures annuelles comme le maïs dans les systèmes fourragers, le réglage des moteurs et les économies d’énergie carburant, la plantation et l’entretien des haies pour le stockage du carbone, l’utilisation du bois en chauffage, la construction de bâtiments en bois moins gourmand en énergie que le béton ou l’acier...
À terme, il serait possible de réduire d’un tiers les émissions agricoles de gaz à effet de serre. Les auteurs soulignent que pour concrétiser ces propositions il faudrait, non pas des mesures ponctuelles (lesquelles n’ont pas permis d’atteindre des résultats pour reconquérir la qualité de l’eau qui soient à la hauteur des financements engagés), mais une réforme du système des aides à l’agriculture en faveur des systèmes de production les plus respectueux avec l’environnement.

J.-Y. Griot, Transrural Initiatives n°265, 13 juillet 2004.

[1] Les nouvelles de Solagro. N° 32 - 2ème trimestre 2004-07-04, www.solagro.org
Voir également le cahier technique « Economiser l’énergie et développer les énergies renouvelables à la ferme » édité par le Réseau Agriculture Durable avec la participation de Solagro. 14 euros - RAD - BP 17141 - 35571 Chantepie Cedex.