Adresse de l'article: http://www.ruralinfos.org/spip.php?article1232

« Acclimater » les systèmes de productions agricoles

L’agriculture a été particulièrement affectée par les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été dernier : baisses de production pour les céréales, les fruits et les légumes, développement des populations d’insectes parasites, manque de fourrages, stress de chaleur pour les animaux d’élevage…

La canicule 2003 ont rendu plus tangible le réchauffement climatique décrit par de nombreux scientifiques, notamment ceux du Giec [1]. Depuis un siècle, les températures moyennes ont en effet augmenté en France de 1°C environ, et la pluviométrie de 5 à 10 %. Selon les calculs de Météo France, la fréquence des étés torrides devrait être multipliée par cinq au cours du XXIème siècle. Selon le Giec, l’augmentation des émissions de gaz à effets de serre (CO2, méthane...) constitue le principal accélérateur du réchauffement.
Quelles conséquences pour l’agriculture ? Cette concentration accrue de CO2 dans l’atmosphère entraîne d’une part, l’augmentation de la photosynthèse chlorophyllienne. Cela veut dire que la production de masse végétale croît. D’autre part, elle améliore l’efficacité de l’utilisation de l’eau de pluie ou d’irrigation. À ce phénomène s’ajoutent les effets des modifications climatiques : l’augmentation de la température de l’air se traduit par un raccourcissement des cycles de végétation, tandis que l’augmentation des moments de fortes chaleurs occasionnent chez les végétaux un stress thermique, responsable du blocage de certains métabolismes. Le réchauffement climatique accélère donc le développement des cultures. On constate par exemple, dans la vallée du Rhône, une avancée significative des dates de floraison des arbres fruitiers (entre une et trois semaines, sur trente ans) et des dates de vendange (de presque un mois, en cinquante ans). Pour les cultures annuelles, le raccourcissement du cycle végétatif peut entraîner une diminution de la durée de croissance des organes récoltables, un vieillissement accéléré des tissus, mais aussi un plus grand nombre d’organes récoltables par plante.
Les effets de cette évolution sur la production dépendront de sa combinaison avec d’autres facteurs environnementaux, eux-mêmes susceptibles d’évoluer. Et de leur synchronisation avec les stades de développement de la plante (besoin de froid en hiver, besoins en eau ou en ensoleillement).
Ainsi, la hausse des températures moyennes et l’augmentation de l’humidité favorisent le développement de maladies et d’insectes ravageurs, dont l’aire géographique s’étend vers le Nord. Ou la compétition des plantes adventices, qui subissent les mêmes effets que les plantes cultivées, s’en trouve accentuée.
De fait, l’agriculture occidentale, « sélectionnée » pour une gamme restreinte de conditions climatiques, s’avère vulnérable. Certains systèmes de culture ou d’élevage, plus économes ou mieux adaptés au milieu, ont montré l’an passé leur meilleure résistance aux effets conjugués de la sécheresse et de températures élevées.
Les programmes de recherche s’orientent donc davantage sur l’adaptation de systèmes de culture et d’élevage, sur la sélection de variétés végétales tolérantes, sur la gestion des ressources en eau...

L’autre versant de cette « acclimatation » concerne la contribution de l’agriculture à l’effet de serre sous forme de méthane par l’élevage, par l’émission de protoxyde d’azote liée à la dégradation des engrais dans le sol. Revoir les pratiques agricoles peut permettre le stockage de carbone dans les racines et le feuillage. Les biocarburants peuvent substituer, à moindres émissions, les énergies fossiles.


D. Cerniaut, Transrural Initiatives n°264, 1 juillet 2004.

[1] Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat