Les femmes d’éleveurs souffrent du métier de leur mari
« Souffrances et contributions invisibles de conjointes d’agriculteurs au travail d’élevage » était un des thèmes abordés au colloque Sfer [
1] en mars dernier. Si bon nombre de paysan(ne)s sont bien dans leur tête et dans leurs bottes, la réalité des souffrances est néanmoins incontestable.
Parmi les signes de ce mal-être, l’importance du célibat masculin. En 2000, un tiers des jeunes agriculteurs de moins de 35 ans sont célibataires. Ce phénomène s’explique par le rejet du métier d’agriculteur par les femmes. Celles-ci refusent l’isolement, le revenu à géométrie variable et la difficile reconnaissance professionnelle du travail des agricultrices, trop souvent perçu comme une « naturelle » contribution d’épouse. Signal plus récent : le refus de l’image négative du métier que renvoie la société aux agriculteurs. Depuis quelques années, dans le Finistère par exemple, des agricultrices se réorientent vers des métiers à responsabilité parfois moindre. Mais elles se disent soulagées de n’avoir plus à répondre aux interpellations de la société. Certaines ne se présentaient déjà plus comme agricultrices.
Une étude menée en Dordogne et dans le Finistère fait apparaître cependant que les épouses d’exploitants (travaillant hors fermes) assument un rôle « d’accordeuses » face aux réactions provoquées par les nuisances des élevages de leur mari. Elles supportent les épreuves de leur conjoint dans ce difficile dialogue sociétal : les éleveurs campent dans une défense stratégique de leur élevage ; les femmes jouent le rôle ambigu de conciliation, de recherche d’harmonie familiale et sociale, tout en refusant d’appartenir à ce métier.
Dans des conflits locaux comme celui de Milizac dans le Finistère [
2] (TRI 203), les femmes se sont voulues relais entre leurs maris éleveurs et la population locale. Fait nouveau, ce n’est ni les syndicats, ni les groupements professionnels qui ont été le lieu et /ou le moteur des échanges sur l’implantation de l’usine de traitement du lisier, mais des associations de parents d’élèves et familiales dans lesquelles se rencontrent « naturellement » les différents protagonistes des conflits.
N. Le Fur, Transrural Initiatives n°261, 18 mai 2004.
[1] Société française d’économie rurale, www.sfer.asso.fr.
[2] Projet d’une usine, classée Seveso, de traitement de lisier en vue de production d’engrais.