La population du loup est estimée entre 50 et 70 individus répartis sur la majeure partie de l’arc alpin français, avec une croissance probable de 20 % par an. Des individus isolés ont été observés dans le Massif central et le Jura, et on a récemment confirmé l’origine italo-alpine des 3 individus pyrénéens. C’est donc l’ensemble des montagnes françaises qui pourrait rapidement accueillir des populations viables de loups. Parallèlement, la thèse de la réintroduction (« artificielle ») a perdu récemment du crédit. Le rapport parlementaire sur les conditions de présence des loups dans les Alpes et le développement du pastoralisme rendu à l’été 2003 n’a pas réussi (malgré un biais évident dans ses orientations initiales) à démontrer que le loup y avait été artificiellement introduit.
Assumer une politique claire
L’implantation durable du loup aura des conséquences importantes en termes économiques. Sur les 8000 éleveurs ovins de l’arc alpin, environ 600 sont touchés par des attaques du loup (certifiées génétiquement). 2500 à 3000 ovins tués sont indemnisés chaque année. En 2003, l’État a engagé environ 2,9 millions d’euros pour la protection des troupeaux, l’indemnisation des éleveurs et le suivi biologique du loup. Dans ce contexte, si le loup s’installait dans le Massif central, qui abrite 60 % du cheptel ovin national, le coût de telles mesures pourrait grimper.
Ceci oblige le gouvernement - malgré ses réticences - à définir des objectifs de gestion. Ainsi, le ministère de l’Écologie a finalement accepté d’engager le gouvernement sur trois points : une extension des mesures d’aides pour les éleveurs touchés par les loups (chiens de protection, clôtures et gardiennage rapproché des troupeaux, pris en charge par le ministère chargé de l’agriculture), un contingentement de la population de loups et la production par le groupe national loup d’un plan d’action en juin 2004. On peut voir ces engagements comme l’annonce officieuse d’abattages destinés à répondre aux groupes de pression des chasseurs et des éleveurs les plus hostiles au loup. Mais on peut aussi imaginer que ces mesures sont les premiers pas d’une gestion du loup qui puisse sortir d’une opposition simpliste entre protection intégrale et extermination.
En effet, des choix politiques lisibles et suivis d’engagements financiers limiteraient probablement le braconnage. Cela inciterait dans le même temps les protecteurs du loup à admettre que la « gestion » d’une espèce n’est pas incompatible avec sa bonne santé écologique.
La nature nous échappe, et c’est tant mieux. La difficulté qu’il y aurait maintenant à éliminer le loup en France oblige tout le monde à davantage de pragmatisme pour définir ensemble comment gérer cet animal malgré les conflits sociaux qu’il suscite. Dans ce domaine, comme pour de nombreuses questions environnementales, la France ne ferait alors qu’explorer des chemins largement défrichés dans d’autres pays.