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Histoire d’eau

La pollution des eaux d’Angoulême par les pesticides était récemment à la une. Sans défrayer la chronique, des petites communes rurales rencontrent aussi des problèmes de pollutions agricoles. Beurey-Bauguay, commune bourguignonne de 300 habitants, a décidé d’agir.
En 1995, le verdict tombe : 60 mg/l de nitrate dans l’eau de la commune. L’agriculture est la responsable. Dans le petit village de Beurey-Bauguay (Côte-d’or), le risque de crispation est alors très fort entre les agriculteurs, seuls acteurs économiques sur la commune et les autres habitants qui travaillent à l’extérieur. La municipalité décide donc de prendre le problème à bras le corps et d’y impliquer la population. L’enjeu est de préserver le cours d’eau le Serein ( !), qui alimente une dizaine de communes alentours et, qui plus est, prend sa source sur les coteaux de la commune. Le maire décide de réaliser une protection de la zone de captage. La commune rachète le périmètre immédiat, investit dans une installation ionisante et revoit son schéma d’adduction d’eau. Le maire convainc également soixante propriétaires de reboiser le périmètre rapproché pour réaménager cette zone en espace de loisirs. Des plantations d’essences traditionnelles et de vergers sont réalisées, ainsi qu’un circuit de découverte du patrimoine bâti et naturel, et une cabane de chasse est construite. Enfin, sur le périmètre éloigné, il est proposé aux exploitants agricoles de convertir plusieurs hectares de céréales en prairies. Ceux qui ont souscrit au projet ont reçu en contrepartie des aides européennes.
Avec du recul, on est toutefois amené à relativiser la capacité d’action d’une petite municipalité comme Beurey-Bauguay. Si la commune a constitué un lieu adapté pour mobiliser les habitants sur un problème collectif, les solutions locales atteignent vite leurs limites face à un problème plus large. Notamment quant à la possibilité d’associer durablement les agriculteurs. Ceux-ci ont labouré à nouveau leurs parcelles lorsque les aides européennes se sont arrêtées. Cette initiative communale n’a pas non plus été relayée à l’échelle du syndicat de gestion du Serein ou à l’échelle du Pays pour imaginer des alternatives afin de préserver les ressources en eau.

Thierry Gallerand, Transrural Initiatives, n°240, 1er juillet 2003.