Huit fermes bretonnes se sont engagées dans la transformation collective de leur lait et commercialisent leurs produits sous la marque " Terre et Ciel ". Pour ces 17 paysans, ce projet tente de résumer auprès du consommateur leur démarche en agriculture durable depuis 20 ans (accompagnée par le Cedapa [2]). Joseph Cabaret, agriculteur du collectif estime que " le projet est d’abord citoyen. Nous espérons changer l’attitude des consommateurs pour qu’ils fassent ensuite pression sur la production agricole. Il reste tellement à faire pour que les agriculteurs intègrent de nouvelles pratiques !".
Un tel projet demande de l’investissement en matière grise : " il faut être capable de donner du temps, beaucoup de temps. La prise de décision à 17 est plus difficile qu’à un ou deux : la démocratie dans un groupe, ça demande de l’énergie ". Cinq ans déjà que le groupe réfléchit à la transformation. Après l’idée, il faut se structurer, définir un cahier des charges, choisir une marque, trouver des partenaires et vendre ses produits. Chaque étape du projet demande de la patience et de la persévérance.
Le groupe a décidé rapidement d’avoir une approche collective de la transformation, moins risquée économiquement et plus enrichissante humainement. Ils se sont rapprochés du lycée de la Lande du Breil à Rennes, qui a ouvert un atelier de transformation laitière pour les élèves. Le lycée a accepté de se lancer dans cette aventure, non sans mal : " ils étaient habitués à la formation, mais n’avaient aucune expérience de la réalité commerciale ". Une société SARL est donc créée ; elle embauche notamment un fromager qui travail dans le laboratoire du lycée. Chaque semaine, 8 000 pots de yaourts sont fabriqués. Le groupe espère atteindre rapidement les 15 000 pots par semaine. 10 références en ultra frais sont disponibles : yaourt nature brassé ou ferme, fromage blanc nature ou à la vanille, yaourt brassé à la fraise… La diversité devient un atout commercial. Les consommateurs peuvent trouver cette gamme dans une vingtaine de points de ventes bretons. Les agriculteurs se sont tournés vers la petite et moyenne distribution, avec des craintes légitimes et beaucoup de débats : " Il faut être réaliste. On voulait être présent là où les consommateurs achètent ", explique le collectif pour justifier son choix de ne pas s’être limité aux circuits courts de commercialisation.
Le cahier des charges est fixé par le Cedapa. Il répond à celui de l’agriculture durable : 75 % de la surface en herbe, pas d’engrais sur prairie, pas d’OGM dans l’alimentation, entretien des haies sur la ferme… Tous ces points ont démontré leur intérêt pour l’environnement, et la qualité du lait s’en trouve également améliorée. La composition du lait est différente du lait standard, fabriqué avec de l’ensilage de maïs, avec plus de vitamines et d’acides gras courts.
Chaque référencement dans un magasin est couplé par une animation pour présenter le produit mais aussi leur façon de travailler et le cahier des charges de l’agriculture durable. La première motivation des clients est de : " consommer des produits locaux de bonne qualité et locaux ". Quand on connaît le fort sentiment d’appartenance des Bretons, on comprend que ces produits touchent les consommateurs. Joseph Cabaret précise : " La qualité du produit doit être irréprochable. On peut avoir le meilleur cahier des charges au monde, si le produit n’est pas bon, il ne se vend pas. "
Derrière ce projet, le groupe a développé aussi une nouvelle forme de commerce équitable (nord - nord) où le consommateur n’est pas un simple client, mais aussi un citoyen qui réfléchit à l’avenir de son territoire. Cette démarche éducative est difficile et lente mais c’est le créneau du groupe : " apporter de la valeur ajoutée à une production sur un territoire donné, privilégier la qualité sur le volume, développer nos liens avec ce territoire et les consommateurs et mieux nous faire connaître " explique Suzanne Dufour, co-gérante de la SARL. L’économie n’est pas l’unique raison d’être du groupe. Pour Joseph Cabaret, le message est clair : " nous proposons de consommer un produit et une façon de faire ". Cette initiative est ambitieuse et le groupe reconnaît que la plus-value économique n’est pas pour tout de suite. Mais avec la conjoncture laitière, ce projet pourrait rapidement devenir intéressant et les paysans deviendraient moins esclaves d’un prix du lait imposé par les industriels.
Depuis 20 ans déjà, ces paysans réfléchissent en effet à la durabilité de leur ferme et essaient de retrouver de l’autonomie. Ils ont limité les achats d’engrais, de pesticides, de soja… L’herbe est redevenue l’aliment de base du troupeau laitier. Mais ce chantier de l’agriculture durable trouve souvent ses limites dans la reconnaissance par le consommateur : " on ne peut pas produire autrement sans avoir des consommateurs en face pour être reconnu pour notre travail ". Le projet " Terre et Ciel " prolonge donc naturellement leur démarche.
[1] Contact : Terre et Ciel - Tél. 06 71 99 38 64
[2] Centre d’Etudes pour un Développement Agricole Plus Autonome - www.cedapa.com , Tél. 02 96 74 75 50