Un exploitant de gîte rural offre ses services en tant que comptable, un éleveur fait des interventions dans une école au titre d’une association, un cueilleur de plantes sauvages accompagne des groupes pour des sorties guidées, un artisan potier installé en milieu rural veut transmettre son savoir-faire… Que de différences a priori entre les métiers exercés. « Que de points communs ! » nous disent au contraire Xavier Lucien, Jean Le Monnier et Brigitte Biche, animateurs du programme Equal Acor-Tpe.T, qui auraient plutôt tendance à regarder, eux, les situations plutôt que les professions. « Et le premier point commun, c’est que tous seront absents des prochains lieux de décision s’ils ne s’organisent pas collectivement ».
« Etre absent, c’est avoir tort ! »
En effet, une nouvelle programmation entre l’Europe et les Régions se prépare pour la période 2007-2013. L’intercommunalité et les Pays sont des réalités de plus en plus incontournables pour le développement des territoires. Les lois pour l’initiative économique (lois Dutreil) et le projet de loi rurale encouragent l’initiative économique. Des politiques régionales orientent le développement économique, la formation des adultes ou le développement des territoires… Les échéances sont donc proches mais les très petites entreprises rurales - dont un grand nombre sont atypiques et/ou pluriactives - risquent fort d’être absentes de ces lieux de concertation et de décisions. « Or, être absent, c’est obligatoirement avoir tort ! » nous dit Xavier Lucien.
« En effet, ajoute-t-il, en dehors de celles du secteur agricole, ces entreprises sont peu organisées collectivement et, le plus souvent, elles ne se sentent pas efficacement représentées par les instances consulaires car elles se situent aux frontières de plusieurs logiques professionnelles. Comment dès lors, peuvent-elles faire entendre leurs voix, faire reconnaître leurs revendications, défendre leurs intérêts, bref se faire entendre comme de véritables partenaires sociaux ? »
Une perspective économique, sociale et politique
Pour avancer sur ce point, encore faut-il comprendre pourquoi et comment les TPE coopèrent… ou ne coopèrent pas. De trois récents séminaires organisés par X. Lucien au titre d’Acor-Tpe.T ces 18 derniers mois, sont ressortis les enseignements suivants :
un parcours est nécessaire avant que les professionnels ne ressentent l’intérêt d’un réseau
différents niveaux possibles de coopération existent : s’entraider en proximité, faire reconnaître le métier, se faire reconnaître des pouvoirs publics, faire ensemble des activités… Chacun(e) n’est pas prêt(e) au même moment à travailler à ces différents niveaux
c’est le plus souvent autour d’un métier et d’un choix de vie que se constitue une organisation professionnelle
un organe extérieur peut appuyer ou accompagner l’émergence d’une organisation professionnelle collective, mais pas s’y substituer
Mais, en amont, restent une question et une difficulté :
pour inciter les responsables de TPE rurales à s’impliquer dans le dialogue social, encore faut-il que les intéressé(e)s en perçoivent l’enjeu. Est-ce le cas ? Et si non, comment faire pour que ce soit le cas ?
la difficulté est sans doute pour eux de parvenir à concilier envie d’autonomie et organisation collective. « Sans oublier que pour eux, il sera toujours délicat de trouver puis de rémunérer le temps qu’ils investiront pour le collectif.
Et maintenant ?
Pour aller plus loin, les membres du projet Equal Acor-tpe.t souhaitent soumettre leurs constats et leurs interrogations (sur le fond et sur la méthode) aux responsables de TPE. "Nous envisageons d’organiser un cycle de rencontres au cours de l’hiver 2004/2005 avec des responsables de TPE rurales, d’organisations collectives ou de filières professionnelles, de dimensions différentes et implantés sur des territoires variés. Ces rencontres alimenteront la poursuite de nos actions (séminaires, manifestations, publications…) dans le cadre d’Acor-tpe.t et au-delà.
Ensemble, nous chercherons à inventer des solutions permettant d’infléchir les dispositifs publics, en vue de faciliter la création d’activités pour un milieu rural vivant et acteur de son devenir".
TPE : expliquer pour impliquer
Même si elles assurent la production de biens et de services, si elles pourvoient à l’emploi local et tiennent un rôle crucial dans la vitalité du milieu rural, les très petites entreprises (TPE) rurales sont fragiles. Dans leur grande majorité, elles reposent sur une personne et sont très souvent organisées autour d’un couple et de son projet de vie. Si elles ont recours au salariat, il est le plus souvent à temps partiel, occasionnel ou saisonnier.
La notion même de TPE rurale est née d’observateurs et observatrices (formateurs, chercheurs…) et non des créateurs et créatrices eux-mêmes. Rares sont ceux qui se reconnaissent dans les mots entreprise ou entrepreneur. Ils se définissent plutôt par un secteur d’activité, un métier, voire une manière précise d’exercer un métier : potier dans un atelier à taille humaine, paysan-accueillant, propriétaire de grande structure d’hébergement touristique, cueilleur de plantes sauvages dans le respect de la nature, etc. Certains se définissent même par le choix d’un mode de vie alternatif.
Faisant le pari que tous ces hommes et femmes entrepreneurs partagent, au-delà de leurs spécificités, un socle commun, le programme Equal Acor-Tpe.T veut travailler à la prise de conscience par les responsables de TPE des enjeux qui les concernent directement…
Xavier Lucien : c/o dASA - 4 rue Latour d’Auvergne. Tél. : 04 71 74 97 81. dASA est membre du réseau Peuple et Culture.
Le projet Equal Acor-Tpe.T est porté par le Grep, avec Peuple et Culture, l’Afrat, l’InterAfocg et Côté Campagne.