A grand renfort de lobbying, les industriels français des agrocarburants, soutenus parfois par des agriculteurs coopérateurs, poursuivent leurs efforts pour qu’une filière de carburants d’origine agricole soit installée durablement. Ils investissent ce champ technologique sous couvert de nécessité écologique, n’hésitant pas, avant même d’en avoir les preuves, à affirmer que ces carburants contribueront significativement aux diminutions des émissions de gaz à effet de serre (GES).
Deux familles d’agrocarburants, dits de 1ère génération, sont actuellement développées en France : les alcools (produits à partir de betteraves à sucre ou de graines de céréales et incorporés à l’essence) et les esters méthyliques d’huile végétale (issus du colza ou du tournesol et mélangés au gazole). L’huile végétale pure, introduite directement dans les moteurs diesel mais qui n’a pas l’aval des industriels, n’est que peu développée, sinon par des agriculteurs individuels qui l’auto consomment. À terme, des huiles d’origine animale pourraient également être développées à l’échelle industrielle.
Or, l’efficacité énergétique de ces carburants (qui compare l’énergie utilisée pour les fabriquer à celle qu’ils contiennent) ne semble pas si élevée, comparée à celles des carburants d’origine fossile, contrairement à ce que l’Ademe [1] laisse entendre. L’établissement public a commandé une étude complémentaire sur l’« analyse des cycles de vie » des agrocarburants actuels afin d’évaluer leur impact environnemental (émissions de GES lors de leur production) comparé à celui des carburants traditionnels. La synthèse, mise en ligne en catimini le 8 octobre, a finalement été retirée d’Internet un mois plus tard ; la publication du rapport entier est reportée au début 2010.
Pour un type d’agrocarburant, le calcul des émissions de GES tente de prendre en compte, outre les émissions survenues lors du processus de transformation sensus stricto, d’autres éléments indirects. Par exemple, les changements d’affectation des sols sont analysés dans le calcul des émissions de CO2 lors de la production d’alcools issus de céréales, car lorsqu’on transforme une surface non cultivée ou enherbée en culture céréalière, du CO2 est libéré. Sur ce point, majeur dès lors qu’on détruit une forêt pour cultiver des palmiers à huile, l’étude reste cependant frileuse. Par ailleurs, comme le souligne Patrick Sadones de l’association Eden, qui a participé au comité de suivi de l’étude, « on retrouve la même grossière erreur, déjà faite dans les études précédentes : l’impact réel de la production des agrocarburants est minimisé par l’imputation à leur co-produits [2] d’une partie du coût environnemental. »
La commission sur le Grand emprunt a néanmoins proposé d’allouer une enveloppe d’un milliard aux agro-biotechnologies, dont ces carburants font partie.