
Le sciage itinérant est une activité qui existait dans une grande partie du pays. Le passage des scieurs mobiles, équipés de scies motorisées, était connu d’avance dans les villages et chacun venait apporter ses grumes à faire découper pour obtenir planches, poutres et tasseaux. Concurrencée par le développement des scieries industrielles, cette activité a peu à peu disparu et il ne restait quasiment plus de scieurs en France. Tout juste des agriculteurs disposant de scies fixes découpaient à façon pour leurs voisins. Motivés par le regain d’intérêt pour les constructions en bois et grâce à l’apparition de matériels puissants, précis et efficaces, des artisans développent à nouveau ce service en milieu rural.
Pascal Brétéché promène sa scie mobile depuis quinze ans en Loire-Atlantique. Equipé d’un camion et d’un groupe électrogène, il se déplace auprès de ses clients qui sont principalement des agriculteurs, des éco-constructeurs au bois et des charpentiers. Le bois qu’il découpe est issu de parcelles ou de haies. Pour être pris en charge, l’arbre doit être abattu et débardé. Le client doit également disposer d’un engin de levage pour approcher les grumes et doit contribuer au chantier en aidant à manier les débits obtenus. Alexandre Proust, lui, est installé en Haute-Vienne. Rencontré lors de la fête de l’éco-construction organisée à Rilhac (87) par l’association Lo Sanabao, il manipulait et découpait des grumes avec une scie mobile tractée par un 4x4. L’entreprise qu’il a créée avec un partenaire avait au départ vocation à faire de la charpente et de la construction ; soucieux de valoriser des bois et essences locaux, les deux collègues ont décidé d’investir dans une scie mobile. « Le secteur de la première transformation de bois est aujourd’hui trusté par de grosses sociétés, qui ne découpent que dans des formats génériques, explique Alexandre Proust, le sciage à façon est devenu très rare. »
Pressentant qu’ils pouvaient répondre à un besoin local, les deux artisans se sont en fait d’abord heurtés à un faible niveau de commandes. « Ce type de prestation s’est complètement effacé des mémoires », regrette Alexandre Proust. Mais, comme pour Pascal Brétéché qui a été confronté au même problème, l’offre crée le besoin et les commandes augmentent. Intervenant principalement aussi auprès d’auto-constructeurs au bois et d’agriculteurs, Alexandre Proust peut découper avec sa machine des grumes de taille allant jusqu’à 80 cm de diamètre et 6m10 de long. De quoi utiliser une bonne partie des bois plus ou moins délaissés dans une région très forestière comme le Limousin. Les tarifs de découpe ne sont pas très compétitifs, environ 65 € H.T. le mètre cube rond, car l’investissement pour une scie mobile est élevé, mais ce type d’intervention évite un souci majeur à celui qui veut faire découper son bois : le transport à la scierie industrielle, souvent éloignée. Il peut en outre fournir une très grande diversité de pièces.
Les propriétaires forestiers font également appel aux scieurs mobiles pour valoriser des bois de tempêtes, ce qui dans la période pourrait constituer un marché croissant. Car comme l’indique le Centre régional de la propriété forestière de Poitou-Charentes « [sans apporter] une réponse globale aux problèmes de débouché de tous les bois abattus par la tempête, [les scies mobiles] peuvent se révéler très adaptées au cas de petits lots et pour les propriétaires qui disposent d’un minimum de moyens logistiques » ; la découpe leur permet de stocker le bois en attendant des débouchés.
Le nombre de scieurs mobiles serait d’environ 150 en France, leur fréquence variant beaucoup d’un département à l’autre. Pascal Brétéché estime qu’ils sont encore trop peu reconnus par les institutions « qui sous-estiment le rôle que l’on peut jouer dans les territoires ruraux ». Un syndicat des « scieries mobiles et artisanales de France » est en voie de création.
Contacts :
Alexandre Proust : www.arbologique.fr – 06 27 85 29 46
Pascal Brétéché : 02 40 79 81 40
Crédit photo : Scierie LOG-ic