La très rentable monoculture de soja n’en finit d’être montrée du doigt pour ses effets dévastateurs sur l’environnement et les communautés locales : accélération de la déforestation, fortes émissions de gaz à effets de serre, conflits sociaux et fonciers, violence envers les petits agriculteurs et communautés indigènes, désastreux problèmes de santé publique en raison de l’utilisation massive de pesticides, etc. Une réalité vieille de 30 ans mais dont l’impact s’est démultiplié avec le développement du soja OGM.
Pour "moraliser" cette production, une "table ronde sur le soja responsable" (RTRS) a été mise en place en 2006 avec les producteurs, les représentants de l’industrie, des finances et du commerce, les organisations gouvernementales et les représentants de la société civile du monde entier. Le 28 mai, son assemblée générale a voté à l’unanimité une liste de "principes et critères pour un soja responsable" applicables "sur la base du volontariat, dans toutes les zones géographiques, pour tous types et toutes tailles d’exploitations de production de soja". Un programme pilote va être lancé dans les pays producteurs pendant un an, pour permettre une validation de ces critères et les amender avant leur adoption définitive.
Mais à peine ébauchée, cette "certification" fait bondir près de 80 ONG à travers le monde, regroupées en avril contre la RTRS.
Pour elles, la Table ronde "encourage l’expansion de la monoculture de soja, fait la promotion du soja génétiquement modifié comme "responsable" et définit des critères insuffisants pour protéger la biodiversité de certaines régions". Les Amis de la terre, signataires de cette pétition, dénoncent une tentative de "greenwashing" destinée, à contenter les industriels –Cargill, ADM, gros négociants de soja, ou Monsanto, Syngenta, Shell, Unilever– et à soulager à peu de frais la conscience des consommateurs et États européens, qui importent massivement le soja pour nourrir le bétail, produire des protéines animales et garder du terrain pour les agrocarburants !
Le WWF international, fondateur de la table ronde défend au contraire la nécessité d’avancer avec tous les acteurs de cette énorme filière.
Le WWF France s’est désolidarisé de cette position et "ne soutiendra la certification RTRS auprès des entreprises et du grand public qu’à partir du moment où un système sera mis en place pour différencier un soja OGMOrganisme Génétiquement Modifié ou non".Le WWF-France demande de remplacer le soja par des protéines végétales produites localement et, pour la part de soja restant à importer, de se fournir en soja tracé non-OGM et offrant de fortes garanties environnementales (critères de Bâle).
Un sujet sur lequel les progrès à réaliser en Europe sont immenses. La mise en place des mesures en faveur de du DPU herbe et de la production locale de protéagineux constitue en ce sens un premier pas nécessaire mais bien insuffisant.