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La longue marche de l’étiquette « nourri sans utilisation d’OGM »

En France, plus de dix ans après l’autorisation d’importer, puis de cultiver, des plantes génétiquement modifiées, il est possible pour les filières de productions animales non nourris avec des OGMOrganisme Génétiquement Modifié d’en informer le consommateur. Enfin ! Résumé de l’histoire.

Depuis 2004, la réglementation européenne impose d’indiquer sur l’étiquette, dans la liste des ingrédients, ceux qui contiennent plus de 0,9 % d’OGM. Mais cette obligation d’étiquetage ne concerne pas les viandes, les volailles, les produits laitiers, les œufs, les poissons d’élevage ayant reçu une alimentation animale contenant des OGM. L’alimentation animale est aujourd’hui le principal débouché des cultures d’OGM. 
Les associations de consommateurs demandent depuis longtemps cet étiquetage : les aliments du bétail sont étiquetés, pourquoi ne pas être transparents jusqu’au consommateur final ? Début 2007, Greenpeace a remis à la Commission européenne une pétition d’un million de signatures pour demander l’étiquetage des produits animaux.
Pour pallier le manque d’information des consommateurs, les régions Bretagne et Pays de la Loire ont confié au réseau Cohérence la réalisation de guides, consultables sur Internet [1]. Ils recensent les produits issus d’animaux nourris sans OGMOrganisme Génétiquement Modifié et leurs lieux de vente pour les consommateurs. Les régions Poitou-Charentes et Normandie ont décidé également de réaliser des guides similaires.

Nos voisins donnent l’exemple

En février 2007, l’Allemagne autorise l’étiquetage non OGMOrganisme Génétiquement Modifié pour les produits animaux. Par exemple, Campina, coopérative hollandaise, vend en Allemagne sous la marque « Landliebe » du lait garanti sans OGMOrganisme Génétiquement Modifié « ohne gentechnik ». L’Autriche et l’Italie ont emboîté le pas. Coop Italia, leader de la distribution en Italie, vend des poulets avec la mention « alimentazione no OGM ».
En 2008, en France, à la demande des consommateurs, le Conseil National de la Consommation (CNC) est saisi sur cette question d’étiquetage. Dans son avis, rendu le 19 mai 2009, les deux collèges du CNC (professionnels et consommateurs) « appellent les autorités françaises à soutenir la création rapide d’allégations européennes du type "sans OGM". Pour les produits animaux, l’étiquetage doit rester volontaire, et s’appliquer aux produits bruts non transformés. Le libellé doit être clair et non trompeur pour les consommateurs, avec les termes "nourris sans utilisation d’OGM" et en faisant référence au seuil de 0,9 % de présence fortuite d’OGM. »
La France est le quatrième pays européen à pratiquer un étiquetage positif. Depuis la mi-juin, les poulets de Loué apposent sur leurs produits, (volailles, œufs), un macaron « nourri sans utilisation d’OGM, minimum garanti 99,1% ». D’autres opérateurs ligériens s’engagent dans l’étiquetage : le porc fermier de la Sarthe, le bœuf fermier du Maine, la viande bovine AOC Maine Anjou, etc. « Deux millions d’œufs ont été étiquetés depuis quinze jours, disait Yves de la Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué, au Conseil régional à Nantes le 9 juillet, on va voir l’évolution des ventes. »
Les plantes transgéniques, « éponges à pesticides », comme les qualifie Gilles Eric Séralini [2], sont présentes dans l’alimentation animale à l’insu des consommateurs. L’application du droit à l’information des consommateurs en Europe, par l’étiquetage, pourrait bien donner un coup d’arrêt à la diffusion commerciale des OGMOrganisme Génétiquement Modifié en Europe, et par voie de conséquence donner un sérieux coup de frein à leur développement dans le monde.


Jean-Yves Griot - Lettre du RAD n°53, juillet 2009.

[1] Les guides sont disponibles aux adresses : www.consommersansogmenbretagne.org/ et www.consommersansogmenpaysdelaloire.org/.

[2] Gilles Eric Séralini est professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique