Ces systèmes ont été conçus en visant une utilisation efficace des potentialités contrastées des parcelles du territoire de 240 hectares (ha). Cela passe par une mise en culture de toutes les parcelles jugées cultivables. Les autres sont allouées aux prairies permanentes.
Le SH est un système tout herbe biologique avec un troupeau de 40 vaches laitières (50% de Holstein et 50% de Montbéliardes) et les génisses de renouvellement sur 80 ha de prairies permanentes. Dans un souci d’autonomie, ce système vise à maximiser le pâturage et les vaches ne reçoivent aucun concentré.
Le système de polyculture-élevage biologique (SPCE) est composé d’un troupeau de 60 vaches laitières (50% de Holstein et 50% de Montbéliardes) sur 50 ha de prairies permanentes et 110 ha de terres cultivées, suivant quatre rotations culturales de six et huit ans. Ce SPCE joue la carte de la diversité des cultures pour assurer l’équilibre entre système de culture et système d’élevage.
L’autonomie fourragère est gérée à l’échelle de chaque système, alors que l’autonomie en paille est gérée à l’échelle du territoire, autorisant des échanges paille/fumier entre systèmes, à condition qu’ils soient mutuels et équivalents.
Le chargement animal des systèmes est ajusté afin de faire face aux fluctuations des ressources en paille et en fourrages (livraisons annuelles de lait variant de 87 à 98% du droit à produire). Ainsi, alors que des excédents de stocks en fourrages nécessitent une augmentation du chargement sur le SH, la trésorerie tendue en fourrages et en paille du SPCE rend parfois obligatoire des baisses d’effectifs en entrée d’hiver.
La recherche de l’utilisation efficace des ressources propres des systèmes invite à explorer les modalités de gestion de l’azote dans les systèmes de culture et dans les rations des vaches laitières du SPCE ; ainsi, les têtes de rotations culturales sont des associations fourragères graminées / légumineuses de trois ans. Dans le cas de successions de cultures annuelles (céréales) supérieures à trois ans, suivant la tête de rotation, un mélange céréale/légumineuse est introduit afin d’assurer une fixation d’azote bénéfique à l’association ainsi qu’aux cultures suivantes (reliquats d’azote compris entre 35 et 45 kg N/ha/an).
Les espèces implantées sont choisies selon leurs performances agronomiques (fixation azotée, concurrence adventices…), étant donné leur faible contribution sous forme de concentrés à la couverture des besoins en azote des vaches laitières dont les rations contiennent déjà une forte proportion de fourrages riches en azote.
La recherche de la limitation des intrants, notamment en énergie fossile, amène à explorer des modalités de conduite maximisant le pâturage dans la ration des vaches laitières pour le SH, et limitant les interventions culturales dans les successions céréalières en explorant les modalités de conduites sans labour en agriculture biologique.
Les vaches laitières du SH vêlent en fin d’hiver afin de faire coïncider pousse de l’herbe et capacité d’ingestion des vaches, à l’instar des systèmes herbagers irlandais. Ainsi, la période de pâturage s’étend, en moyenne, sur 242 jours par an et 215 nuits par an et la quantité de stocks distribuée est inférieure à 2 t MS/vache/an.
Le fioul étant le principal poste de consommation énergétique dans les systèmes de grandes cultures biologiques, des stratégies innovantes de travail du sol ont été testées virtuellement et sélectionnées, puis mises à l’essai sur l’installation expérimentale.
Les premières années d’expérimentation ont souligné la nécessité de se montrer vigilant sur le comportement des ressources de ces systèmes autonomes. En effet, une offre moins saisonnée de l’herbe sur le SH depuis l’arrêt de la fertilisation minérale, interroge la pertinence du groupage des vêlages en fin d’hiver... alors même que ce défi technique nous paraissait incontournable à la conception des systèmes.
Par ailleurs, le moindre recours au travail du sol dans les systèmes de culture rendrait pertinente l’introduction d’un troupeau ovin "désherbeur” dans les champs cultivés du SPCE. Il régulerait le chargement dans un système (SH) et l’enherbement spontané dans l’autre (SPCE). Ainsi, la recherche de l’autonomie évolue vers une meilleure intégration des ressources tout en interrogeant la multifonctionnalité des animaux et des couverts végétaux dans des territoires de polyculture élevage.
Cet ambitieux projet est sans doute à suivre de près par les techniciens et les agriculteurs qui veulent évoluer vers des systèmes laitiers économes en intrants. Il intéressera aussi les herbagers chevronnés qui s’interrogent : "et si je casse quelques prairies pour remettre un peu de cultures destinées à l’alimentation humaine, mon système devient-il plus ou moins durable ?"