Pêche amateur en bord de mer : les bourriches débordent
Les prélèvements amateurs de coquillages et de poissons sur le littoral respectent trop peu les gisements.
L’association IODDE (Île d’Oléron Développement Durable Environnement), créée en 2004, a entrepris de réfléchir sur la capacité des rivages littoraux à accueillir les milliers de pêcheurs amateurs qui viennent à marée basse récolter coquillages et crustacés. Si la pêche à pied a toujours fait partie des usages des habitants de l’île d’Oléron, l’essor du tourisme a totalement transformé cette activité. Trois salariés et 70 bénévoles multiplient les observations (comptages de pêcheurs, examen des récoltes, analyse sociologique, sensibilisation, etc.) pour produire un diagnostic édifiant : 180 000 pêcheurs se sont succédés sur les estrans oléronais en 2007, récoltant par exemple 140 tonnes de palourdes (dont 4 sur 5 n’avaient pas atteint la taille minimale autorisée) ou 500 000 étrilles… 85 % d’entre eux ignorent les réglementations et bien souvent aussi les principes de respect du milieu. Les prélèvements des pêcheurs récréatifs s’avèrent ainsi impressionnants en quantité et majoritairement peu respectueux de la ressource.
Une enquête téléphonique réalisée par Ifremer et BVA en 2006 complète ces observations locales. Pour les 15 ans et plus, on compterait 2,45 millions de pêcheurs de loisir en mer. Chacun pratique en moyenne 1,4 type de pêche. La majorité a pratiqué la pêche à pied (71 %). 33 % ont pêché du bord (canne) et 25 % d’un bateau. Les prélèvements annuels sont évalués à 15 000 tonnes de poissons (dont 5 000 tonnes de bar), entre 12 000 et 15 000 tonnes de coquillages, 1 500 tonnes de crustacés et 500 tonnes de céphalopodes.
Face au constat d’une augmentation forte et récente de la pression de pêche, les membres de IODDE ont décidé de mettre en place des actions de sensibilisation. « Notre action s’opère d’abord sur le terrain, auprès des pêcheurs, à qui l’on explique qu’il faut respecter des tailles minimales pour les coquillages et les crustacés, explique Jean-Baptiste Bonnin de l’association, nous avons aussi formé le personnel des offices de tourisme et de campings afin qu’ils relaient notre action. On ne veut surtout pas être pris pour des opposants à la pêche amateur, mais si les animaux sont trop petits, il faut avoir le réflexe de ne pas les pêcher pour ne pas mettre en péril la ressource. »
Plusieurs niveaux de préoccupations se superposent. Il s’agit bien sûr de préserver les espèces et le milieu naturel. Il s’agit aussi de prévenir ou de régler certains conflits d’usages entre les professionnels et les amateurs, entre les locaux et les touristes, les pêcheurs et les conchyliculteurs ou autres usagers. Les touristes représentent en effet jusqu’à 90 % des pêcheurs à pied, ce qui peut expliquer les craintes ressenties par les habitants de l’Île. Les prélèvements amateurs de tellines et palourdes sur la zone de Marennes-Oléron équivaleraient ainsi celles des quinze pêcheurs professionnels. « Nous devons passer d’une situation de laisser-faire, à tous points de vue dangereuse, à une démarche de gestion », conclue J.-B. Bonnin, qui rappelle que l’État doit jouer son rôle de régulation.
Contact IODDE : iodde@wanadoo.fr - 05 46 75 68 08
Jean-Baptiste Bonnin, Christophe Tréhet, Transrural Initiatives n°351, 12 février 2008