La conférence de Bali sur le réchauffement climatique a réuni durant deux semaines de négociations 190 pays et plus de 10 000 délégués. L’occasion de discuter de la filière bois énergie.
Cette troisième réunion des parties au Protocole de Kyoto avait pour but d’initier un nouvel accord mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre, responsables de changements climatiques. Au final, un accord a été conclu in extremis qui comprend une reprise des négociations en 2008 et la signature d’un accord pour 2009. Si beaucoup d’associations dénoncent le « sur place » (les accords ne débouchent pas sur de réels objectifs mais uniquement sur une promesse de continuer les négociations), d’autres observateurs notent que la feuille de route de Bali a bien été signée par toutes les délégations présentes. Elle ne contient malheureusement pas de référence directe aux recommandations chiffrées du GIEC [
1]. La victoire des USA sur ce point est importante, même si leur isolement est croissant sur la scène internationale. Leur obstruction a en effet provoqué une levée de boucliers, notamment des représentants des pays du Sud dont l’implication est croissante (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) et dont plusieurs représentants ont dit clairement leur volonté de participer à l’effort commun dans le cadre de la « responsabilité différenciée ».
Bali a également montré la solidité et le poids sans précédent de l’expertise scientifique concernant le climat. Les gouvernements qui freinent ne peuvent désormais plus arguer de l’incertitude scientifique, mais uniquement de considérations économiques ou géostratégiques. La balle est donc maintenant dans le camp des pays riches afin d’inscrire l’accord climatique en préparation dans les recommandations chiffrées du GIEC et le couplage de la question du climat à la défense de la justice sociale et à la nécessaire redistribution des richesses.
Bois énergie
En marge de la conférence ont été organisés de très nombreux « side events » (événements parallèles) par des États, ONG, Instituts de recherche et membres issus du secteur privé. L’un d’eux, animé par l’unité changement climatique de l’association Geres [
2], portait sur la question du bois énergie. Son représentant au Cambodge, Minh Quan, a déclaré :
« Tout le monde a cherché des solutions technologiques au changement climatique mais ils ont regardé au mauvais endroit… Le bois de feu reste la première source d’énergie domestique utilisée dans les pays en développement par plus de 2 milliards et demi de personnes chaque jour. Le bois énergie est un facteur aggravant voir majeur (en milieu périurbain) de déforestation. Les classes moyennes urbaines sont consommatrices de charbon de bois, secteur très destructeur tant en Asie qu’en Amérique Latine. Des programmes concertés et raisonnés d’économie de bois de feu peuvent permettre de ralentir ce processus. Des technologies simples, propres et à prix abordable comme les foyers améliorés, existent déjà, de même que des solutions pour l’approvisionnement (le bois peut venir de plantations, de forêts gérées de façon pérennes), pour le charbonnage (un meilleur charbon avec moins de bois) ». « Même les plus pauvres sur cette planète peuvent accéder à un confort et une qualité de vie énergétique avec un impact négligeable sur le climat et des solutions technologiques adaptées aux contextes locaux et au pouvoir d’achat. Mais pour cela il faut toujours plus d’efforts en programmes de recherche et développement et un appui au secteur informel et technique », a-t-il ajouté.
Sur la base de ce constat, le GERES mène au Cambodge, un pays qui compte 14 millions d’habitants, soit 2 millions et demi de familles, un projet de sensibilisation et de développement des foyers améliorés. Cette technique permet, à partir de bois ou déchets agricoles, une qualité de cuisson presque comparable au gaz (flamme bleue modulable). De 2003 à 2008, 360 000 foyers améliorés ont ainsi été diffusés sans subvention au prix de 4 $ (foyer traditionnel est à 2 $ mais avec les économies réalisées en bois, le retour sur investissement est obtenu en moins de six semaines). La réduction a été de 340 000 tonnes de CO2. Soit un taux de réussite parmi les plus élevés au monde !