Louis Malassis
Ce partisan d’une agriculture nourricière, productive et durable, militant de la formation et de la parole paysanne, s’est éteint à l’age de 89 ans.
On ne nourrira pas la population mondiale avec des paysans soumis, pauvres et sans instruction. Tel était le credo de Louis Malassis, chercheur agronome, humaniste, fils de paysan lui-même. Décédé le 10 décembre dernier à son domicile, près de Montpellier, il lègue des pistes de réflexions particulièrement d’actualité pour parvenir à une agriculture durable.
Né en 1918 dans une petite ferme bretonne du pays de Fougères, il évoquait fréquemment le sol en terre battue, la fatigue de sa mère, l’acharnement des siens à vivre sur leur lopin de terre. Ses parents l’ « envoyèrent à l’école », ce qui fut le départ d’une carrière universitaire brillante.
Il obtient alors un diplôme à l’École nationale d’agriculture de Rennes, commence par être ingénieur puis professeur d’économie rurale en 1945. Entre temps, il obtient un doctorat en sciences économiques à l’Université de Rennes. La chaire qu’il anime devient le phare de la discipline en France dans les années 1950. Il enseigne entre autres aux écoles nationales supérieures d’agronomie de Rennes et de Montpellier. Il est à cette époque l’un des principaux conseillers de l’INRA dans le département des sciences économiques. Appelé en 1978 par son ancien étudiant Pierre Méhaignerie, il est nommé directeur général de l’Enseignement et de la Recherche au ministère de l’Agriculture puis de l’Institut agronomique méditerranéen. Plusieurs ministres de l’Agriculture feront appel à ses conseils, pour l’élaboration des plans successifs ou la mise en place de la Politique agricole commune dont il est l’un des principaux inspirateurs. Il conseille également le ministre Pisani sur la modernisation de l’enseignement agricole.
Chargé de la fondation d’Agropolis, pôle international de recherche agronomique qui rassemble sur Montpellier quelques 2 000 chercheurs, il y consacre beaucoup d’énergie. Cet important complexe, à la fois musée et centre de culture scientifique et technique, présente le combat de l’homme pour sa nourriture, sujet qui s’est estompé dans les esprits européens au cours des trente glorieuses mais qui réapparaît aujourd’hui, brûlant d’actualité.
Louis Malassis, viscéralement attaché à ses origines paysannes, reste toute sa vie le porte-parole du monde paysan. Il consacre beaucoup de temps à la formation des agriculteurs, notamment au sein de la Jeunesse agricole catholique.
Militant de la formation, cofondateur de l’INPAR (Institut national de promotion agricole et rural), du CEDAG (Centre d’études et de développement de l’agriculture et des groupes) ou encore de TPR (Télépromotion rurale), Louis Malassis n’a eu de cesse de permettre aux paysans et à leurs encadrants de se former en s’appuyant sur les principes de la promotion collective. En Bretagne et dans le grand Ouest français d’abord, mais ensuite à l’échelle du monde, il milite pour créer les conditions d’une réflexion collective, à partir des pratiques, du vécu des paysans, pour qu’ils élaborent des réponses aux problèmes qui se posent à eux et à la société.
Et pour, disait-il, tenir une promesse faite à sa mère, il écrivit en 2001 La longue marche des paysans français (Fayard). Il adhéra alors à l’association des Écrivains et artistes paysans. Ce livre était le premier d’une trilogie. Vinrent ensuite L’épopée inachevée des paysans du monde (Fayard, 2004) puis Ils vous nourriront tous les paysans du monde, si… (Cirad-Inra, 2006).
En janvier 2005, Louis Malassis fonde l’association Paroles de paysans du monde, avec la création d’une bibliothèque des paysans du monde à Montpellier et du prix littéraire « Louis Malassis » dont l’objectif est de récompenser des publications portant témoignage de la vie paysanne.
Nathalie Colin, Michel Carré, les « Amis de Louis Malassis » et Chantal Olivier (présidente de l’association des Écrivains et artistes paysans), Transrural Initiatives, n°349, janvier 2008