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Règlement forestier, l’arbre qui cache la forêt

En pleine réforme du règlement forestier de l’Office national des forêts (ONF), René Montagnon, du syndicat SNUPFEN Solidaires, revient sur les enjeux de cette négociation.

TRI : En quoi consiste la réforme du règlement forestier ?
René Montagnon : Le but est de fluidifier et simplifier les relations commerciales et contractuelles entre l’ONF et les acteurs de la filière bois (entreprises, communes, etc.). Avant, nous avions des cahiers de clauses nationales qui réglementaient l’ensemble des procédures, et des clauses communes pour chaque région. S’y ajoutaient des considérations locales. Comme se sont superposées depuis de nouvelles réglementations (Natura 2000, protection des sites, de l’eau, etc.), il s’est avéré nécessaire à la fois sur le plan économique et environnemental de refondre tout le dispositif. L’ONF a créé, en partenariat avec les professionnels de la filière, le règlement national d’exploitation forestière qui sera opposable aux professionnels qui achètent des coupes de bois, mais aussi à l’ONF et ses services. Ce document reprend tous les paramètres de respect du milieu forestier : sols, peuplements, qualité des eaux, etc. risques sanitaires, incendie... Il doit permettre de cadrer l’intensité des prélèvements et les techniques sylvicoles. C’est un progrès sensible pour le respect des forêts et de la nature en général. On peut regretter cependant qu’un tel document ne puisse s’étendre aux conséquences hors forêt des exploitations. Il y a en effet pas mal de problèmes liés à l’utilisation des chemins ruraux par exemple.

TRI : Le règlement forestier traite notamment de la filière bois-énergie. Selon votre syndicat, quel rôle peut jouer l’ONF dans ce domaine ?
R. M. : L’ONF a créé depuis un an une filiale bois-énergie qui monte en puissance. Nous sommes inquiets car nous voudrions un cadre déontologique assez serré autour du prélèvement, à la fois sur les quantités (car les chiffres annoncés sont assez faramineux) et sur l’utilisation finale. En effet, nous ne sommes pas d’accord avec l’utilisation du bois pour produire de l’électricité. Produire de l’électricité avec de l’énergie primaire comme le bois est une mauvaise solution, car le rendement énergétique tombe à 30% ! On rejette alors du CO2 (le bois dégage de 132 à 165 kg de CO2 par gigajoule produit contre 62 à 70 pour le gaz ou le fioul, et deux fois plus d’oxyde d’azote ou mille fois plus de méthane). Le bois n’est pas un combustible sans impact. Pour celui-ci, le meilleur rendement énergétique reste la consommation locale. Il y a une espèce de folie sur le bois/énergie en ce moment, lié aux appels d’offre du ministère de l’Industrie. Or dans les régions ça monte en puissance. Des projets démentiels sont faits sans études préalables de ressource. Il faudrait plutôt faire du bois localement, en créant beaucoup de petites centrales communales, avec des bassins d’approvisionnement réduits. Cela réduirait les coûts de transport. Il faut aussi que le bois/énergie valorise la sylviculture et permette d’écouler les bois de qualité secondaire.

TRI : Plus largement, quel regard portez-vous sur l’évolution de l’ONF aujourd’hui ?
R. M. : Depuis 2002, l’ONF est en voie de démantèlement. 25 % des emplois de terrain ont été supprimés, ce qui pose des problèmes en milieu rural (accueil des écoles, aides aux élus). L’ONF est entré dans une phase de développement commercial et on perd en service public. Progressivement, la part de l’État dans le budget de l’ONF diminue (- 40 % depuis la création de l’office). Or, de plus en plus de personnel est utilisé à des fins commerciales. Les missions de service public en pâtissent directement. En quinze ans, nous avons perdu environ mille emplois tandis que les emplois de direction ont augmenté de plus de 35 %. L’ONF devient un monstre avec beaucoup de têtes et de moins en moins de personnes sur le terrain. Cela nous révolte au titre du service public, de la qualité environnementale qui se dégrade, mais aussi parce que nous avons toujours milité en faveur d’une implication de l’ONF dans le milieu rural, chose complètement abandonnée aujourd’hui. L’ONF aurait pu jouer un rôle plus fort dans le milieu rural, en particulier au niveau des bassins d’emplois ruraux, mais nous n’avons plus assez de personnel pour impulser des politiques locales de développement. Nous n’avons plus assez de liens avec les élus locaux.

Le Syndicat SNUPFEN Solidaires
Le Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel est un ancien syndicat CFDT (quittée en 2003). C’est le syndicat le plus représentatif et le plus transversal au sein de l’ONF, avec 31 % des voix. Il intervient depuis plus de 30 ans auprès des sphères ministérielles et des ONG, à propos de la politique forestière et de l’environnement.
Pour en savoir plus : www.snupfen.org.


Propos recueillis par Elise Rousseau, Transrural Initiatives n°348, 18 décembre 2007