Les paradoxes du développement durable
Sylvain Allemand
À force d’être accomodé à toutes les sauces, le développement durable semble ne plus avoir de saveur spécifique.
Sylvain Allemand , collaborateur du mensuel Alternatives économiques, estime pourtant qu’il n’a pas vocation à être une quelconque cerise sur le gâteau ou une vulgaire garniture destinée à faire avaler n’importe quelle pilule : c’est au contraire une épice dominante qui, loin d’être ajoutée à la fin, doit conditionner dès le départ toute préparation.
Sylvain Allemand ajoute que c’est une épice complexe, avec bien évidemment une dimension écologique, mais aussi des composantes sociales, économiques et culturelles. Le croisement de ces divers champs de préoccupation le conduit par exemple à rejeter toute « solution simpliste » en matière de transport et à adopter un point de vue très nuancé sur la voiture. Il souligne d’un côté que « l’amélioration des performances écologiques des dernières générations de moteurs est plus qu’annulée par l’allongement des distances parcourues (+ 30 % entre 1999 et 2004), l’augmentation de la puissance de ces moteurs, du parc automobile (+ 3 millions durant la même période, soit un total de 30 millions), l’alourdissement des véhicules, enfin la survivance de vieux véhicules ». Mais, d’un autre côté, il prend aussi en compte les centaines de milliers d’emplois liés à l’industrie automobile et, surtout, le « droit à la mobilité » des personnes qui résident dans des zones (notamment rurales et périurbaines) mal desservies par les transports collectifs. Il ne condamne donc pas la voiture, mais préconise d’optimiser son usage par le biais du covoiturage ou de la « voiture partagée » et, encore mieux, de « l’intermodalité » (combinaison de plusieurs modes de transport) et de la « multimodalité » (à chaque destination son mode de déplacement le plus approprié) : c’est en fait toute l’approche urbanistique qui doit être revue pour réduire l’usage de la voiture au strict minimum. « En résumé, une mobilité durable est une mobilité qui, sur le plan environnemental, recourt à des moyens de transport économes et non polluants, et sans exclusive ; sur le plan social, réduit les inégalités dans l’accès aux lieux (de travail, de consommation, de loisirs) et contribue à leur mixité sociale et culturelle en facilitant l’accès des personnes à mobilité réduite ; sur le plan économique, est porteuse d’innovations en matière de moyens de transport mais aussi de services, créatrice d’emplois, voire de nouveaux métiers. »
Le livre passe ainsi en revue les thèmes de la consommation (il recommande une « abondance frugale »), de l’habitat, des énergies ou encore du tourisme (« un peu de bruit, peu d’effets »). Le secteur de l’agriculture est jugé « favorable », mais avec encore « peu de retombées ». À ce sujet, il survole plus que rapidement les exemples de l’agro-écologie, de l’agriculture raisonnée, du Réseau agriculture durable, des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, des Jardins de Cocagne... Là comme ailleurs, il peut être soupçonné de mélanger parfois des choux et des carottes et de faire exagérément confiance aux progrès futurs des sciences et des techniques. Son balayage des problématiques n’en demeure pas moins intéressant car il oblige à remettre en perspective quelques discours un peu trop clos sur eux-mêmes.
Sylvain Allemand regrette d’ailleurs explicitement le manque de coordination des multiples acteurs qui se réfèrent au développement durable, avec en outre des pouvoirs publics qui juxtaposent souvent des priorités contradictoires, des collectivités territoriales assez brouillonnes, des entreprises qui tendent à privilégier la communication et les simples effets d’aubaine, des ONG trop « donneuses de leçons »... Il juge toutefois que cette cacophonie n’empêche pas d’avancer dans le bon sens. Selon lui, les ambiguïtés du développement durable ne doivent pas masquer le fait que ce « concept transitoire ou même transitionnel » est en train de nous faire doucement passer d’un simple objectif de développement à un idéal de durabilité.
Alain Chanard
Éditions Le Cavalier bleu – mai 2007 – 192 pages – 22 €.