Le défi des épidémies modernes
Comment sauver la Sécu en changeant le système de santé
André Cicolella
Chercheur en santé environnementale, le chimiste et toxicologue André Cicolella est responsable de la commission Santé des Verts. C’est sur les analyses de cette dernière qu’il s’appuie pour défendre une révolution copernicienne dans l’approche des questions sanitaires.
Il souligne tout d’abord que notre système de soin a été conçu pour combattre des maladies infectieuses, lesquelles ont longtemps été « de type aigu : on mourait ou on guérissait très vite ». Or les principales causes de mortalité sont désormais les maladies non infectieuses « de type chronique : on vit avec sa maladie plus longtemps, sans trop d’espoir de guérison. » L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui emploie à ce sujet le mot d’« épidémie », estime ainsi qu’en Europe « 86 % des décès et 77 % des maladies sont dus aux affections non transmissibles : maladies cardiovasculaires, cancers, troubles mentaux, diabète, affections respiratoires chroniques et problèmes musculaires et articulaires ».
Le problème est que notre médecine tarde à s’adapter à cette nouvelle donne : elle reste principalement curative alors qu’une vision plus large de la santé incite à agir plus fondamentalement sur les causes environnementales et comportementales des maladies. Ainsi, la culture du médicament qui prévaut très largement conduit par exemple à chercher des traitements contre l’obésité (dont on sait déjà qu’elle va réduire l’espérance de vie moyenne) alors que la lutte contre la malbouffe (une nourriture industrielle combinée à de mauvaises habitudes alimentaires) et les changements de mode de vie (davantage d’exercice) constituent des réponses infiniment plus pertinentes.
Une réorientation de notre système de santé s’impose tout d’abord pour que les pathologies devenues les plus importantes soient mieux combattues mais également pour rééquilibrer notre système de protection sociale. En effet, dans « une France accro aux médicaments », « l’inflation technique », « l’explosion des urgences », « l’avènement de l’hôpital-entreprise » et les coûts exponentiels qui découlent de la multiplication des affections de longue durée ne cessent de creuser le fameux « trou de la Sécu ». La « maîtrise médicalisée », qui remplace aujourd’hui dans les discours une « maîtrise comptable » bien décrédibilisée, prétend résoudre à elle seule le problème mais, pour André Cicolella, « elle ne répond pas à l’ampleur de la crise car elle reste à l’intérieur de la logique de soins et ne laisse qu’une place marginale à l’action sur les facteurs de risque environnementaux et comportementaux ».
La « maîtrise sanitaire » qu’il préconise intègre quant à elle à la fois un travail d’éducation des citoyens et une lutte déterminée contre les pollutions industrielles, contre l’usage de substances nocives dans l’alimentation, le logement et l’habillement ou encore contre les environnements de travail dangereux. Cet accent mis sur la prévention doit en outre être accompagné par la reconstruction de services de proximité afin de déboucher plus généralement sur le passage d’un « système de soin » à un véritable « système de santé ». Le régime local d’assurance maladie Alsace-Moselle ou le Plan régional de santé environnement du Nord – Pas-de-Calais indiquent d’ores et déjà quelques pistes en ce sens.
Alors que notre assurance maladie est menacée par une privatisation rampante, la « démocratie sanitaire » qu’André Cicolella propose de refonder vise à faire de chacun d’entre nous un « acteur de sa propre santé ». L’analyse et les propositions qu’il développe dans cet ouvrage sont d’autant plus convaincantes qu’elles sont exposées dans un style très limpide.
Alain Chanard
Éditions La Découverte – collection Sur le vif – avril 2007 – 144 pages – 9 €.