Imaginons un monde où les tartes aux fruits ne sont disponibles que toutes prêtes, où il n’y a pas de recettes disponibles et où personne ne souhaite obtenir ces recettes... Ce monde existe. C’est le monde du logiciel informatique depuis le début des années 1980. Un monde de quasi monopole, où les éditeurs de logiciels détiennent et vendent les fameuses licences d’utilisation, qui lient l’utilisateur à l’éditeur de façon durable. Et cela, avec le soutien et la bénédiction des constructeurs informatiques.
Mais ailleurs, dans un tout autre monde, on peut lire, comprendre, réaliser une recette et la modifier (en indiquant, de plus, où ont été faites les modifications). Et on peut même la redistribuer modifiée, en donnant le droit à quiconque de la modifier à son tour. Ce monde là, c’est celui du logiciel libre. Au delà des différences techniques, c’est une autre approche des modes d’organisation, de création et d’utilisation qui est à l’œuvre : participation, échange, abondance, souplesse, autonomie, faible coût, communauté d’entraide…
C’est aussi un véritable phénomène de société. Les utilisateurs des logiciels libres sont, bien sûr, tous ceux qui ont peu de moyens (particuliers, associations), mais aussi tous ceux qui, par principe, refuse le monopole de Bill Gates et de ses concurrents. Ceux qui pensent que la liberté et le partage doivent aussi exister en informatique, grâce à des réseaux coopératifs permettant de mettre en commun des outils.
Initiatives en réseau
Parmi les pionniers du travail en réseau coopératif, le réseau Tela Botanica a su utiliser toutes les ressources des logiciels gratuits. Avec plus de 7 000 inscrits, 38 forums de discussion, 30 projets, ce réseau, créé il y a sept ans, a pour but ambitieux de contribuer au rapprochement de tous les botanistes de langue française. Redécouvrant des méthodes de coopération, ce réseau utilise et produit des logiciels et des données libres. Les outils utilisés (Wiki [1], listes de discussion, système de publication d’actualités...) ont permis de réaliser d’importants travaux dans le domaine de la botanique (mise en ligne d’une flore électronique, inventaire par département...). Depuis 2003, l’association répond même à des demandes de formation et de conseil émanant d’autres réseaux.
Depuis 1997, une ville travaille également en réseau et porte un projet global et innovant. Il s’agit de Brest. Ses objectifs : favoriser l’accès et développer l’usage des NTIC [2], accompagner les usagers, inviter le public à écrire, partager des savoirs, collecter des mémoires, etc. Le projet se décline en plusieurs axes : formation, télé-service, enseignement, édition d’un CD de logiciels « bureau libre », création de « wiki-balades », etc. « Participation-Brest montre que l’écriture ouverte aux conseillers de quartiers, la mise en ligne systématique des comptes rendus de réunion, la publication ouverte favorisent le débat public et la citoyenneté. La mise en oeuvre d’une dizaine de wikis met aussi en évidence l’efficacité et l’intelligence collective d’un travail collaboratif ouvert », commente la municipalité.
Enfin, le Réseau agriculture durable (RAD) réalise lui aussi une grande partie de ses publications sur OpenOffice et Scribus (voir encadré) et s’attache à promouvoir l’utilisation et l’appropriation de ces logiciels dans le réseau CIVAM :« L’intérêt des logiciels libres pour le monde associatif est double : ne pas avoir à payer des licences à la Microsoft Corporation et bénéficier de nombreuses ressources de formation en ligne. La difficulté est de se départir de ses habitudes. Il faut le temps nécessaire à l’appropriation. L’avenir est sans doute dans l’utilisation d’outils simples de travail collaboratif, comme ceux accessibles sur le web (Google Documents) qui peuvent être utilisés pour travailler à plusieurs sur des textes de publications, d’une manière beaucoup plus légère qu’avec les traditionnels allers-retours de mails et pièces jointes. », explique Jean-Marie Lusson du RAD.
Encore trop méconnus, les logiciels libres semblent en passe de devenir une ressource informatique exponentielle : une alternative qui incite à réfléchir.
Où se les procurer ?
En surfant sur le web, on trouve très vite les logiciels libres. Un téléchargement gratuit peut notamment s’effectuer sur le portail du site Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Logiciels_libres
Les logiciels libres les plus connus sont :
Alternative au « Pack office », la suite bureautique libre Open office propose : Writer (traitement de texte) ; Clac (tableur) ; Impress (présentations multiédia) ; Draw (dessin vectoriel) ; Base (base de données) ; Math (formules mathématiques),
Pour remplacer Internet explorer : Firefox (navigateur web),
Un logiciel libre de P.A.O. (publication assistée par ordinateur) : Scribus,
VideoLAN, lecteur multimédia, ouvre tous les types de fichiers.