Faites-vous entendre en place publique !
Depuis quelques années, aux quatre coins de la France, des bonimenteurs font revivre un métier oublié : crieur public.
Les crieurs publics sont de retour. Effet de mode ? Beaucoup se disent en effet inspirés par le roman de Fred Vargas, Pars vite et reviens tard, qui met en scène ce personnage de la vie d’autrefois. Chargé d’annoncer les nouvelles, de champ de foire en place de village, le crieur public a sillonné les campagnes françaises du Moyen Âge jusqu’aux années 1960. Bien avant la radio ou l’ordinateur, ce passeur d’informations était l’un des premiers médiateurs. Puis la tradition s’est perdue… Jusqu’à ce que des initiatives fleurissent à nouveau. Les crieurs cherchent à diffuser de la bonne humeur, à créer une communication locale et conviviale.
À Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise), un restaurateur et sa bande d’amis ont voulu faire revivre la figure du crieur public. Depuis février 2007, quatre crieurs bénévoles se relaient chaque dimanche sur la place du marché, à midi, pour annoncer les nouvelles du pays. Selon les saisons, 50 à 200 personnes assistent à la criée. Les inconditionnels côtoient les chalands du marché, certains font même le déplacement depuis les villages alentours. Si déclarer son amour n’a pas de prix, pour les autres annonces il en coûte un euro. Les « recettes » sont toutes reversées à la soupe populaire.
Au Caylar (Hérault), on peut lancer une blague, proposer un troc, commenter un spectacle, échanger une recette ou un poème, en laissant un message dans la boite à criée d’Anne Hillebrand. Tambour champêtre en bandoulière, veste et pantalon de jeans, képi vissé sur la tête, la voix rodée par cinq ans d’expérience, Anne crie tout l’été dans les Causses méridionaux, de villages en hameaux. « Dans certains coins, il n’y a plus de café. Sans occasions, sans fêtes, les gens ne se voient plus. Avec la criée, ils disent ce qu’ils ont à se dire. » Enfants des villages, touristes de passage ou anciens, tous participent.
La criée est également le fil rouge du festival estival du Caylar « Roc Castel », organisé avec le CPIE, brassage festif autour de l’art, de la nature, de la mémoire et du patrimoine. Et Anne rêve tout haut : « J’ai entendu parler de crieurs à Figeac, Carhaix, Bazas ou à la Croix-Rousse à Lyon. J’aimerais organiser un marché des crieurs, un grand rassemblement et des formations pour transmettre ma pratique, afin que ces expériences ne soient pas éphémères ».
Nathalie Colin (FNCIVAM), Transrural Initiatives, n°343, 9 oct. 2007