Toxic
Obésité, malbouffe, maladies : enquête sur les vrais coupables, William Reymond
Les huit pages d’introduction évoquent l’agonie d’un enfant de deux ans. Il a « les intestins rongés par la gangrène, les artères saturées » à cause de la bactérie E.coli 0157:H7 qui contaminait la viande hachée de « délicieux hamburgers » préparés par son père.
Pour William Reymond, cette mort « n’est en rien le fruit de circonstances exceptionnelles (…), il est une victime de plus. Celle d’une guerre invisible où, de bactéries mortelles en épidémie d’obésité, de cancers en crises de diabète, un danger nous attend à chaque instant, bien caché au fond de nos assiettes. »
Journaliste français vivant aux tats-Unis, William Reymond a déjà publié des enquêtes iconoclastes sur l’affaire Dominici, l’assassinat de Kennedy, la Mafia ou encore Coca-Cola. Le moins que l’on puisse dire est que son style ne s’apparente pas vraiment à la dentelle et que son écriture à la première personne affiche ostensiblement sa subjectivité. Par ailleurs, les informations qu’il livre sur un rythme haletant ne sont pas forcément des scoops et leur avalanche fait parfois penser à un bric-à-brac.
Ces réserves étant posées, reste que la charge de Willial Reymond sonne globalement juste. Alors que la lutte contre l’obésité tend à fustiger des comportements individuels, sa dénonciation des stratégies cyniques de certains industriels de l’agroalimentaire est convaincante. Que pèsent (c’est le cas de le dire…) les appels à faire du jogging face au conditionnement des enfants que planifient certaines firmes ? Et que valent les incitations sporadiques à manger des fruits et légumes quand des moyens considérables sont mobilisés pour rendre d’autres produits non seulement plus appétants, mais aussi mieux capables de créer de véritables addictions ?
Au final, le mot de « complot » peut sembler exagéré, mais comment qualifier l’enchaînement de décisions ne relevant, comme l’écrivait Karl Marx, que des « eaux glacées du calcul égoïste » et qui conduisent à mettre en œuvre des procédés de fabrication et des modes de commercialisation sans se préoccuper de leurs effets en termes de santé publique ? Et que dire de l’influence des chantages à l’emploi, des attentions personnalisées ou encore des budgets publicitaires sur l’opinion ou, plus exactement, sur les discours et les décisions concrètes des législateurs et des journalistes ? Ainsi, l’industrie alimentaire ajoute sans vergogne du sucre, du sel et une kyrielle d’agents chimiques pour renforcer les goûts ou les couleurs, augmenter la rétention en eau ou prolonger les temps de conservation et elle s’offusquent quand des chercheurs avancent quelques rapprochements avec l’envolée des allergies, les maladies cardio-vasculaires ou certains cancers. Aux tats-Unis, une hypothèse prend forme quant aux conséquences de la « malbouffe » : « malgré les progrès de la médecine, l’espérance de vie de la prochaine génération sera inférieure à la nôtre ».
Face aux pesticides, aux « acides gras trans » et au sirop de fructose-glucose, en résumé pour résister à l’industrialisation de la nourriture, William Reynold préconise de consommer des produits issus de l’agriculture biologique. Mais il a aussi constaté que cette dernière n’est pour le moment accessible qu’à une minorité. « En confiant notre alimentation aux géants de l’agroalimentaire, nous leur avons laissé le droit d’installer des régimes d’apartheid nouveaux. Et c’est pour cela que, même s’il est capital, un engagement individuel ne sera jamais suffisant. (…) Il faut que la classe politique se souvienne que, parmi ses devoirs, se trouve l’obligation de protéger la société des risques pathogènes. La malbouffe tue. Il faut donc une intervention gouvernementale pour contraindre certaines compagnies à cesser de nous empoisonner. »
Alain Chanard Transrural Initiatives n°342
Editions Flammarion - collection EnQuête - février 2007 - 358 pages - 20 €.