La Commission européenne a présenté le 4 juillet son projet de réforme de l’organisation commune du marché (OCM) du vin. Bruxelles adopte sans complexe une stratégie très libérale en préconisant la suppression des soutiens, l’arrachage de 200 000 ha de vignes, la fin des droits de plantation après 2013 et la simplification des règles d’étiquetage. Cette réforme intervient alors que l’Union européenne est confrontée à une surproduction importante et qu’elle a du mal à faire face à la concurrence des vins argentins, californiens, australiens... Mais, la recette ne convainc pas la filière viticole.
« Incohérence de la proposition »
La FNSEA dénonce « l’incohérence de la proposition, dans laquelle la Commission finance un vaste plan d’arrachage pour retrouver un équilibre entre l’offre et la demande et, de l’autre, autorise à partir de 2013 des plantations sans conditions. » La Confédération paysanne dénonce pour sa part une conception industrielle et libérale de la viticulture avec le « démantèlement des dispositifs de régulation des marchés et la libéralisation des contraintes œnologiques ».
Selon Etienne Montaigne, économiste à l’Agro Montpellier et auteur d’un ouvrage sur la réforme de l’OCM vin [1], « l’arrachage massif et indifférencié proposé par Bruxelles se heurte à de nombreuses critiques : il est en contradiction avec la politique des dernières années[ qui incitait à baisser le rendement et améliorer la qualité] et néglige le problème des plantations illicites. L’arrachage fait également disparaître une culture sans alternatives dans des régions qui poursuivront leur désertification ». Autre argument avancé, l’arrachage indifférencié est plus une mesure sociale que stratégique. Loin d’être seulement un accompagnement au départ des viticulteurs âgés, « elle est utilisée comme un moyen de résistance pour des jeunes producteurs endettés qui arrachent 8 ha sur 20 ha afin de payer leurs dettes, explique E. Montaigne. C’est un arrachage ciblé sur des critères économiques (qualité du cépage, rendement) et sociaux (projets d’abandon d’activité) qui serait efficace ».
Enfin, « un arrachage massif est inefficace dans un marché mondialisé dans la mesure où il donne un signal négatif à la concurrence », pointe le chercheur. Déjà, l’assainissement du marché européen dans les années ( ??) a permis le développement des vins du « Nouveau monde » sur le marché mondial.
Délocalisation
Par ailleurs, la disparition des droits de plantation va favoriser la restructuration des vignobles et l’apparition rapide d’excédents. Sans réglementation, des fonds de pensions pourront par exemple acheter massivement des terres pour y planter des vignes, à l’instar de ce qui s’est fait en Argentine et qui apparaît en Italie. Selon E. Montaigne, des délocalisations sont à prévoir, vers la Roumanie ou la Hongrie notamment.
Autre objet de critique, la suppression des distillations de crise qui élimine le principal outil de régulation du marché. Or, les perdants des crises de surproduction sont d’abord les producteurs indépendants, au profit des grandes industries du vin. Si ce mécanisme, facultatif, est peu efficace en l’état, il pourrait être amélioré en devenant obligatoire comme le propose la Confédération paysanne.
Enfin, la simplification de l’étiquetage fait bondir les producteurs français puisqu’elle uniformise des étiquettes jusque là hiérarchisées en fonction des indications géographiques. Désormais, tous les vins pourront porter la mention du cépage et l’année de récolte.
[1] Bacchus 2008 - Enjeux, stratégies et pratiques dans la filière vitivinicole, éd. Dunod, 2007.