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Nous sommes des animaux mais on n’est pas des bêtes

Libres propos d’un philosophe sur les animaux et les hommes
Jean-Marie Meyer (entretiens avec Patrice de Plunkett)
Le philosophe Jean-Marie Meyer s’inquiète de ces effacements répétés de la frontière fondamentale qui existe entre l’homme et l’animal. Quand certains militants « animalitaires » expliquent qu’après la « libération des Noirs » au XIXe siècle et « la libération de la femme » au XXe siècle, le XXIe siècle sera celui de « la libération des animaux » par le biais des « droits » qui leur seraient reconnus, il crie casse-cou...

Un ours fugue et une ministre imagine qu’il a pu être « assassiné ». Des bovins ou des oiseaux sont abattus pour des raisons sanitaires, un chien est piqué après avoir arraché le visage d’un enfants de 17 mois : le ministère de l’Agriculture et les journaux emploient le mot d’« euthanasie ». Une grande affiche juxtapose deux photos : « à gauche, un pauvre animal de laboratoire, ligoté dans un ensemble d’appareils et hurlant de douleur ; à droite, des déportés dans un camp de la mort »…
Le philosophe Jean-Marie Meyer s’inquiète de ces effacements répétés de la frontière fondamentale qui existe entre l’homme et l’animal. Quand certains militants « animalitaires » expliquent qu’après la « libération des Noirs » au XIXe siècle et « la libération de la femme » au XXe siècle, le XXIe siècle sera celui de « la libération des animaux » par le biais des « droits » qui leur seraient reconnus, il crie casse-cou. Il voit dans cette assimilation de « la bête » à l’humain une grave régression. L’homme est certes un animal, mais il se distingue des autres animaux par sa capacité à penser, c’est-à-dire à ne pas simplement réagir ou s’adapter. Prêtant aux animaux un niveau de conscience et des émotions humaines qu’ils n’ont pas, l’anthropomorphisme est à la source de cette confusion.

Jean-Marie Meyer recommande quant à lui de ne pas diluer la notion respect en la réservant au contraire à nos seuls semblables. En direction des bêtes, c’est plutôt de protection qu’il convient de parler. Quand quelqu’un maltraite l’une d’entre elles, ce n’est pas à elle qu’il manque de respect, mais à sa propre condition d’être humain, à sa propre dignité. Jean-Marie Meyer note au passage qu’en 1933 et en 1935, le régime hitlérien a édicté deux lois qui, « pour la première fois, reconnaissent à l’animal sa valeur intrinsèque d’"être naturel", ayant des droits "par lui-même", indépendamment des hommes. La loi nazie interdit par exemple le gavage des oies, comme le demanderont les écologistes occidentaux soixante-dix ans plus tard. » Il fait par ailleurs un parallèle entre l’« hyper-écologie » et l’« hyper-technologie ». La première veut que « l’on reconnaisse des droits aux animaux, aux végétaux, aux rochers ». La seconde affirme que « le vivant n’est qu’un matériau, le monde une "production", et que la technoscience a tous les droits ». Jean-Marie Meyer estime que, apparemment ennemis, ces deux courants sont en fait « jumeaux » car « ils partagent le même impensé, le même non-dit : dans les deux cas, ils oublient le visage et le mystère de l’homme. La dignité humaine n’est plus au centre. On ne parle plus de l’homme, on parle du "vivant"… »
Jean-Marie Meyer assume son anthropocentrisme. Il souligne que cette « mise au centre » de l’homme est commune à l’Église et aux Lumières, même si c’est surtout cette première qui l’inspire. Sa critique explicite de « la logique matérialiste » s’appuie sur une conviction : « tout se passe comme si l’univers avait été "réglé" (de façon prodigieusement complexe) pour accueillir l’homme ». Ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine et auteur de Benoit XVI ou le plan de Dieu, le journaliste qui l’interroge partage évidemment ce point de vue.
Ridiculisant l’anthropomorphisme, la première partie de cet ouvrage se lit facilement. La défense de l’anthropocentrisme développée dans la seconde partie requiert davantage d’efforts, mais l’ensemble est fort intéressant.

Alain Chanard, Transrural Initiatives n°339-340, 31 juillet 2007.


Éditions des Presses de la Renaissance - avril 2007 - 238 pages - 18 €.