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Demandeurs d’asile à Chypre

Les demandeurs d’asile sont 12 000 en République chypriote grecque, toujours plus nombreux à franchir clandestinement le seuil de l’Europe par la partie nord de l’île. Une allocation minimale est proposée aux migrants, mais leur précarité reste très forte. L’agriculture y trouve son réservoir de main d’œuvre.

À mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, voisine de l’Egypte, de la Palestine et de tous les pays du Moyen-Orient qui connaissent actuellement de nombreux troubles politiques, Chypre est l’une des principales portes d’entrée en Europe. Les demandeurs d’asile sont actuellement 12 000 en République chypriote grecque, toujours plus nombreux à franchir clandestinement le seuil de l’Europe par la partie nord de l’île.
Chypre prend alors les allures d’une île cosmopolite. Après le tourisme, l’immigration est devenue une nouvelle source de revenu pour les Chypriotes. Les rues de Nicosie, capitale de Chypre, sont animées grâce à la présence de nombreuses communautés. Mais le “meltingpot” que l’on rencontre sur les trottoirs des villes n’est qu’une apparence. C’est en fait sur ce nouveau territoire européen que s’accumulent les problèmes de survie pour les demandeurs d’asile et les étudiants non ressortissants de l’Union Européenne. Actuellement la loi chypriote grecque ne les autorise plus à travailler normalement.

Les demandeurs d’asile n’ont le droit de travailler que dans les fermes

Les demandeurs d’asile n’ont en effet le droit de travailler que dans les fermes, pour un salaire de 150 pounds par mois (environ 300 €). Ceux qui acceptent ces travaux agricoles deviennent alors des esclaves. Georges, originaire du Congo, se retrouve actuellement dans cette situation. Il travaille sept jours sur sept de 5h00 à 22H00 dans une ferme située aux environs de Limassol. À lui seul il s’occupe de 284 chèvres. Lorsqu’il a besoin d’acheter quelque chose son employeur, qui gère le compte en banque de son « employé » s’en charge. George n’a même pas la possibilité de se rendre en ville. Conscient du traitement qu’on lui inflige, il accepte son sort en attendant des jours meilleurs : « je porte la croix c’est le temps de la souffrance mais bientôt je porterais la couronne. »
En fait il n’a pas vraiment le choix, cet emploi est légal, il a signé un contrat et veut éviter tout problème avec les autorités chypriotes. En théorie il pourrait porter plainte au Labor office, le bureau du travail qui a pour mission d’aider les personnes à trouver un emploi mais qui ferme facilement les yeux sur les conditions de travail des immigrés.

Allocation mensuelle

Pour échapper à ce sort, la plupart des demandeurs d’asile préfèrent rester dans les villes, éloignés des exploitations agricoles. Ainsi, les opportunités de travail que le Labor Office leur propose et qu’ils sont obligés d’accepter sont minimisées. Ils préfèrent travailler au noir de temps en temps même si cela présente des risques considérables. Les étudiants comme les demandeurs d’asile n’ont pas d’autre choix, le niveau de vie est très élevé à Chypre (une fois et demi de plus que la France).

Le pays a mis en place une aide à destination des migrants, le ‘welfare’, qui correspond à une allocation mensuelle versée à chaque demandeur d’asile. Il constitue un droit pour tous, mais dans la pratique s’avère très difficile à obtenir. Il faut en particulier avoir déjà des notions de grec ou d’anglais. Chaque mois les demandeurs d’asile livrent une bataille acharnée avec les services de l’immigration de l’État pour obtenir cette allocation de 208 pounds (l’équivalent du RMI en France).
À l’inverse de l’Italie et de Malte, il n’existe pas à Chypre de camps de rétention pour les sans papiers qui arrivent sur le territoire. Une fois qu’ils se sont présentés aux autorités chypriotes pour leur demande d’asile, ils peuvent circuler librement en attendant que la commission les appelle et examine leur cas, l’attente pouvant durer plusieurs années.

Tiré d’un texte d’Élisabeth Cosimi, paru dans l’ouvrage photographique Mirage d’Europe.
Ce reportage relate les conditions d’existence des migrants « brûleurs de frontières » retenus sur îles de la Méditerranée. http://elisabethcosimi.canalblog.com

Crédit photo : E. Cosimi


Tiré d’un texte d’Élisabeth Cosimi, paru dans Mirage d’Europe, Transrural Initiatives n°339-340, 31 juillet 2007.