La culture est un thème qui revient souvent dans les discours des acteurs ruraux, en particuliers des élus. Mais il est un peu mis à toutes les sauces. Le premier mérite de ce très remarquable ouvrage est de prendre le temps d’éclairer chacun des termes de son titre.
Laurent Mazurier et Jean Lafond-Grellety, tous deux consultants auprès de collectivités, rappellent tout d’abord l’hétérogénéité des milieux ruraux. Surtout, ils montrent en quoi et comment la « périphérisation des villes », la « néo-ruralité » et la montée en puissance du tourisme rural ont fait croître l’attente de « culture ».
Ils s’intéressent ensuite à ce dernière notion, en déplorant notamment le « débat interminable et fastidieux » qui oppose « les tenants d’une culture exigeante à ceux d’une culture du quotidien, une forme de "socioculture" plus impalpable, moins définie. La foire aux sabots et aux paniers n’est pas une manifestation culturelle, mais une soirée contée en occitan en est une ». En ce qui les concerne, ils ont choisi de s’en tenir à une posture « souple et pragmatique » : « le champ culturel ne se confond pas avec celui des loisirs, de l’environnement, du sport, de l’animation. C’est un secteur à part, avec son exigence qualitative, avec une définition assez rigoureuse de ce qu’est un artiste, un professionnel… » Plus loin, ils soulignent les divergences d’appréciation qui peuvent se manifester à propos de la dite « exigence qualitative ». « Le cas le plus fréquent, presque caricatural, est celui d’un élu local venant défendre un projet de lieu d’exposition permanente dédié à un artiste local (un bon professionnel de la sculpture, vendant correctement ses œuvres, par le biais de quelques galeristes parisiens), auprès du conseiller arts plastiques de la Drac, afin d’obtenir une subvention. Le risque est celui d’une violente confrontation, car il y a fort à parier que ce sculpteur ne recueille pas l’assentiment du conseiller arts plastiques… »
Le troisième terme analysé par les auteurs est celui de « politique ». Distinguant « encourager la culture » et « avoir une politique culturelle », ils estiment par exemple que « financer un festival n’est pas en soi une démarche de développement culturel […] Ce peut être utile sur un plan touristique, sur le plan de la notoriété, une vitrine d’un territoire… mais c’est une illusion de penser que la démarche est en soi "structurante" en termes culturels, et ce même si on organise trois animations pédagogiques autour. Un festival de musique classique, même de petite taille, qui accueille chaque été un public initié de personnes le plus souvent aisées, habitant le reste de l’année en milieu urbain, est souvent un rendez-vous mondain, élitiste, fermé… sans lien avec les enjeux locaux. »
Le propos de Jean Lafond-Grellety et Laurent Mazurier ne se limite cependant pas à ce genre de notations : leur guide méthodologique fournit avant tout des conseils pratiques pour identifier toutes les ressources locales et élaborer une démarche culturelle qui soit en phase avec le projet global d’un territoire, pour bien aborder les deux questions importantes que constituent respectivement le public et la professionnalisation ou encore pour construire un partenariat fructueux avec les réseaux départementaux et régionaux. Les nombreux exemples auxquels ils font référence (ce qui ne les empêche pas d’en présenter certains de façon critique) montrent que l’échelon intercommunal joue un rôle pivot, mais aussi que le pays peut s’avérer un utile coordinateur. Leur approche sectorielle met par exemple en exergue le caractère « primordial et durable » des bibliothèques, mais attire en revanche l’attention sur les pièges que recèlent les arts plastiques. Tout cela est à la fois instructif et rédigé dans un style agréable à lire.
Alain Chanard, Transrural initiatives n°337, 3 juillet 2007.