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Du chanvre dans vos murs

Des Agriculteurs et artisans créent ensemble des filières locales de chanvre pour l’habitat.

Au delà de ses qualités oléagineuses et textiles, le chanvre offre également une série de produits utiles dans l’écoconstruction de maisons. La tige du chanvre est en effet composée de fibres et de tissus mous (la moelle, ou chènevotte) qui peuvent servir à l’isolation, à la fabrication d’enduits (en mélange avec de la chaux) ou de dalle isolante. Par ailleurs, le chanvre a des qualités agronomiques qui en font une plante facile à cultiver et intéressante à intégrer dans des rotations avant le blé ou le colza. De quoi persuader plusieurs groupes d’agriculteurs de faire naître des filières locales de production de chanvre pour l’habitat. C’est le cas par exemple d’une douzaine d’agriculteurs du pays Mellois (Deux-Sèvres) qui, après avoir découvert la culture, la transformation et le marché français du chanvre, se sont lancés dans l’expérimentation, sous le nom « Chanvre mellois ». Ailleurs, dans le Limousin, où le chanvre était historiquement cultivé, un groupe de paysans a identifié la culture de chanvre comme un moyen supplémentaire de se diversifier et de bénéficier d’une plus-value dans le cadre d’une filière courte. Après l’acquisition d’une presse à huile permettant la transformation des graines de chanvre, restait pour eux à déterminer comment valoriser la paille.

Bricoler des machines
Les références restent peu nombreuses dans le domaine, sinon pour le secteur industriel. Les voies de transformation du chanvre sont connues mais pas à l’échelle d’un petit groupe de producteurs aux moyens financiers réduits. Il a donc fallu déterminer dans un premier temps le produit à obtenir en fonction des besoins locaux dans les projets de construction et de la qualité optimale (chènevotte fibrée ou défibrée, plus ou moins mélangée à des fibres) et inventer des techniques de récolte ainsi que les machines qui vont avec. Les moyens étant limités, les investissements doivent rester faibles. La patience et l’ingéniosité mécanique de ces paysans font le reste. En moins d’une campagne dans le Mellois, une machine de séparation de la laine et de la chènevotte est opérationnelle : un véritable prototype, faite de plusieurs vieilles moissonneuses batteuses, qui se situe entre le hachage et le défibrage. Les produits sont testés et critiqués par les artisans partenaires du groupe. Réajustement, chantier commun et test de produit grandeur nature permettent de les calibrer et de les adaptés aux attentes des professionnels. Le groupe s’est en outre investi dans le pôle d’excellence rural sur l’ecoconstruction. En Dordogne, un autre groupe, le Syndicat des producteurs de chanvre textile biologique en Aquitaine a, lui, adapté une trieuse a patates pour trier les différents calibres de chènevotte pour des projets d’écoconstruction locaux.
Dans le Limousin, les paysans ont fait le choix, à l’aide des éclairages techniques d’un maçon qui s’est associé au projet, de la chènevotte « fibrée » (mélangée avec de la fibre). Contrairement au chanvre industriel où la chènevotte est un sous produit, pour le groupe, la chènevotte est ici le premier produit et la fibre, le sous produit. Selon leur expérience et celle du maçon, la fibre associée à la chènevotte sert de liant et améliore les qualités techniques de la chènevotte une fois mélangée à la chaux. Au delà de ce travail sur le produit, les paysans du Limousin cherchent également à améliorer leurs techniques culturales. Les fiches culturales existant décrivent des techniques propres au chanvre industriel. Là aussi, beaucoup reste à faire.

Tant dans le pays Mellois que dans le Limousin, les paysans tissent des liens avec une clientèle locale au gré des salons, stages et journées de rencontres entre producteurs, artisans et écoconstructeurs. Dans le Mellois, les produits étant vendus avant d’être transformés, les surfaces augmentent vite, passant de 3,5 ha en 2005 à 30 ha en 2006 et plus de 60 ha en 2007. Cette année, en lien avec une école de Poitiers, le groupe fait tester les différentes caractéristiques de ses produits (isolation, hydrométrie...) afin de conseiller au mieux ses clients.

Créer un réseau
Plusieurs autres groupes d’agriculteurs producteurs et transformateurs de chanvre se sont constitués, plus ou moins récemment, dans l’Indre et Loire, en Vendée, Loire Atlantique, Charente Maritime, Midi Pyrénées et Poitou-Charentes. Les débats et échanges d’expériences entre ces collectifs sont vifs et motivés, sur l’approvisionnement en graines de chanvre, les normes pour permettre aux artisans de bénéficier d’une assurance décennale, la qualité des produits (couleurs, taille,...) et la difficulté de mesurer jusqu’où aller, en tant que producteur, dans les conseils d’utilisation.
Depuis l’organisation d’une journée d’échanges en février, l’idée de créer un réseau est née afin de maintenir une veille réglementaire et, pourquoi pas, de faire entendre une seule voix à un échelon national.


Contacts : Chanvre Mellois 05 49 29 21 71, site www.chanvre-mellois.com – Limousin, FRCIVAM 05 55 26 07 99 – Midi-Pyrénées site www.chanvrebio.fr.


Claire Bastien (AFIPAR), Laure Chazelas (FRCIVAM Limousin) - Transrural initiatives n°337, 03/07/07.