Deux événements d’importance se dessinent pour l’avenir des politiques agricoles de chaque côté de l’Atlantique. Les États-Unis doivent revoir leur Farm Bill en 2007, l’Union européenne doit quant à elle faire un bilan de santé de la PACPolitique agricole commune en 2008. La conjonction de ces deux évènements a donné une occasion à l’IATP (Institute for agriculture and trade policies [1]) pour donner corps à une vieille idée : comparer sereinement la PACPolitique agricole commune et le Farm Bill, en dehors du prisme de la compétition commerciale USA/UE et du point de vue d’acteurs militant pour des politiques agricoles alternatives.
Le constat initial de l’IATP était que des mouvements sociaux tentent chacun dans leur contexte de dénoncer les travers de leurs politiques agricoles respectives et d’être force de proposition pour des politiques alternatives. C’est sur cette base que l’idée d’un « programme transatlantique » a émergé permettant de partager les analyses, axes de revendications et de propositions et d’identifier les points de convergence. Le séminaire de lancement du programme transatlantique a eu lieu à Washington les 14 et 15 mai 2007. Il a réuni des représentants d’ONG agricoles et de développement, des membres de syndicats ainsi que des experts agricoles.
Augmenter les prix agricoles sans favoriser la concentration
Au-delà des différences structurelles, des divergences de conception entre les parties ont pu être identifiées. Ainsi, pour la partie européenne la relégitimation de la PAC, décriée pour son coût et ses travers en terme d’impact environnemental, alimentaire et sur le développement, est centrale et justifie l’espace donné aux questions environnementales et sociales dans la discussion. En revanche, la partie américaine ne se situe pas sur ce terrain de la défense d’une politique, qui est par nature perçue comme légitime.
La question porte davantage, côté américain, sur la nature des outils de politiques agricole utilisée. En effet, si le soutien des prix est considéré comme un outil suffisant, la récente flambée des prix des matières premières agricoles pourrait être utilisée par le gouvernement pour économiser des ressources budgétaires. Or, les mouvements défendant l’agriculture familiale considèrent que des outils de politiques permettant de cibler les systèmes de production familiaux sont nécessaires en complément d’un contexte de prix fort, pour permettre le maintien de ces derniers face à la croissance des systèmes de production industriels.
Les agrocarburants jugés positifs par les ONG américaines
Dès lors on entre sur un autre domaine de différenciation : les agrocarburants. Alors que les productions énergétiques ont été présentées par la partie européenne comme une politique non fondée et dangereuse pour les équilibres alimentaires mondiaux, elles sont jugées par la partie américaine comme étant à l’origine de cette salvatrice remontée des cours. Derrière cela, on distinguera également la perception d’un potentiel de terre tout à fait fini au niveau européen, de la vision de grands espaces, encore valorisables par l’agriculture aux USA.
Il en va de même de la place accordée par les deux parties aux impacts environnementaux associés à l’activité agricole : beaucoup plus présente dans le discours des Européens que dans celui de nos interlocuteurs.
Deux thèmes récurrents sont ressortis de ces deux jours. Ainsi, les dangers du secteur agroalimentaire constituent une priorité commune afin de mieux évaluer leur impact, leur pouvoir réel, leur organisation, en vue de construire un plaidoyer. Le thème des agrocarburants a également été retenu en soulignant la nécessité d’approfondir notre connaissance des impacts du développement de ce type de production au Sud. Il permet finalement de rouvrir le débat : si les parties en présence encouragent toutes une remontée des prix agricoles permettant d’offrir aux producteurs un prix rémunérant correctement leur travail, elles reconnaissent également que cette évolution ne permet pas de limiter le phénomène de concentration des structures agricoles et d’encourager une agriculture durable, inscrite dans son environnement et diversifiée, qu’elles appellent de leurs vœux.
Plus d’infos sur les collectifs américains présents : www.globalfarmers.org, www.farmandfoodproject.org.