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La ligne d’horizon - Essai sur l’après-développement

François Partant
 

Ancien banquier, puis haut responsable à la Caisse centrale de coopération économique (ancêtre de l’actuelle Agence française de développement), François Partant est mort en 1987. Pourtant, le pouvoir décapant de cet ouvrage posthume (il a été publié une première fois en 1988) reste remarquable dans une période où l’idée de décroissance suscite l’intérêt. Sa cible principale est « l’idéologie du progrès » qui est née en Europe à la fin du XVIIIe siècle et qui s’est ensuite imposée un peu partout dans le monde. François Partant critique « l’illusion du savoir » qui la fonde, démonte les mécanismes qui ont assuré son succès et dénonce son mépris des « sociétés dites archaïques ». Il s’en prend surtout aux « mythes confortables », notamment celui du « rééquilibrage Nord-Sud » : en fait, la persistance d’un tiers monde est nécessaire au développement des pays dominants. François Partant accorde une grande importance à la question de l’agriculture. Il recommande en particulier aux pays pauvres d’en faire une priorité en fixant « des prix à la production et en rétribuant les producteurs sur la base de quotas de production. En tout état de cause, ce transfert de valeurs au profit de l’agriculture doit s’accompagner d’une protection assurée à toutes les activités productives qui visent à répondre aux besoins des paysans, en tant que producteurs et en tant que consommateurs ». L’attention qu’un pays doit accorder à son autosuffisance alimentaire peut ainsi le conduire à « envisager une politique autarcique ».
Par ailleurs, François Partant déplore que le développement des échanges internationaux ait gravement porté atteinte à la diversité des productions. Résultant de l’adaptation de chaque animal et de chaque plante à un milieu particulier, la diversité du vivant « s’accompagnait d’une égale diversité des techniques agricoles. Car le paysan, agriculteur ou éleveur, n’est jamais un ignorant, même lorsque ses moyens de production sont rudimentaires. Il a toujours une remarquable connaissance de son milieu, de ce qu’il doit faire pour en user sans en abuser. » À l’inverse, la mise en concurrence de paysans dont les conditions de production sont différentes ne débouche pas que sur une uniformisation des variétés cultivées et des races animales élevées, mais également sur « la perte d’un capital de connaissances souvent irremplaçable. Et la remarque ne concerne pas les seules régions sous-développées. » Par exemple, au cours du siècle précédent, les agriculteurs français ont certes acquis « une série de "modes d’emploi" fournis par des techniciens extérieurs à l’exploitation et dont les préoccupations sont, en général, avant tout commerciales », mais ils ont dans le même temps laissé filer un capital de connaissances qui leur assurait « une véritable maîtrise du milieu ».
Au final, François Partant se montre assez pessimiste quant à la possibilité de faire évoluer nos sociétés. Prenant le risque de se « couvrir de ridicule », il invite en conséquence tout un chacun à « incarner l’Utopie » en désignant « ce qui doit impérativement changer » : « le rapport de l’homme à son semblable, d’une part, à son environnement, d’autre part ». Ces conseils sont évidemment judicieux, mais « la ligne d’horizon » qu’il esquisse est plus floue, et à vrai dire moins convaincante, que son analyse de certaines impasses qu’il a été un des premiers à identifier.

Alain Chanard, Transrural Initiatives n°334.


Éditions La Découverte – collection Poche – avril 2007 – 234 pages – 9 €.